HOME SPORTS RETRO SPORTS Monte-Carlo 1987 : Duchene, Mauffrey, Riblet et Mougel au bal des débutants
Monte-Carlo 1987 : Duchene, Mauffrey, Riblet et Mougel au bal des débutants Imprimer Envoyer
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Lundi, 16 Janvier 2012 10:44

Benoit Duchene en action lors du Rallye Monte-Carlo 1987En 1987, ils avaient vingt-cinq ans de moins et disputaient leur premier Rallye Monte-Carlo. Un bel anniversaire pour certains, amer pour d’autres.

Souvenir signé Eric Mauffrey : « Je crois que ce fut le dernier Monte-Carlo digne de ce nom, c’est-à-dire avec de la neige sur la quasi totalité du parcours ». Benoit Duchene confirme : «  De toute la course, j’ai enlevé les clous une seule fois, dans la spéciale de Saint-Léger du Ventoux ».

Le décor du Monte-Carlo 1987 est planté : de la neige partout. Même les liaisons étaient difficiles à cause des encombrements qui faisaient redouter en permanence de pointer en retard.  La première journée est restée dans toutes les mémoires. Dès la première spéciale, tracée dans la montée de l’Alpe d’Huez, la course était bloquée par un gigantesque embouteillage qui empêchait la plus grande partie des voitures de se rendre au départ. Seuls 24 concurrents étaient crédités d’un chrono et les autres d’un temps forfaitaire. Comme le même scénario se reproduisait dans la deuxième spéciale, les organisateurs décidaient d’annuler purement et simplement d’annuler la troisième afin de regrouper tout le monde avant les deux derniers tronçons de la journée.

Benoit Duchene, Eric Mauffrey, Jean-Louis Riblet et Stéphane Mougel participaient pour la première fois. Leurs coéquipiers : pour Benoit Duchene, Jean-Charles Brunella ; pour Eric Mauffrey, Daniel Grataloup ; pour Jean-Louis Riblet, Robert Wrege ; et enfin pour Stéphane Mougel, Sylviane Mougel, son épouse. Rayon voitures : deux R5 GT Turbo pour Duchene et Mougel et une 205 GTI pour Riblet, tous les trois en groupe N. Pour Mauffrey, la Golf groupe A 1800 8 soupapes avec laquelle il avait conquis le Challenge Volkswagen la saison précédente.

Pierre Bos en action lors du Rallye Monte-Carlo 1987Pierre Bos profite de ses 4 roues motrices

Vu les conditions méteo, ce n’était pas l’outillage idéal mais il fallait bien faire avec. Le très expérimenté Pierre Bos, également de la partie avec une Audi 80 Quattro, le prouvait immédiatement en s’installant d’entrée de jeu dans le peloton des meilleurs amateurs guignant çà et là les places laissées vacantes par les teams professionnels, les plus en vue ayant pour noms cette année-là Lancia (Biasion, Saby et Kankkunen avec des Delta HF), Audi (Rohrl avec une 200 Quattro) et Ford (Blomqvist, Sierra 4x4).

Jean-Louis Riblet en action lors du Rallye Monte-Carlo 1987Au soir de la deuxième étape, il pointait à la 14e place scratch. Mauffrey et Duchene avaient pris quant à eux position aux environs de la 30e et Riblet et Mougel aux environs de la 40e. Les deux derniers nommés avaient rencontré quelques difficultés, Riblet étant sanctionné pour un pointage en retard au parc fermé d’Aubenas et Mougel par un numéro d’équilibriste sur la glace du Moulinon en pneus mixtes. Comme si cela ne suffisait pas, quelques kilomètres après l’arrivée de cette spéciale, le Bressaud avait été obligé de faire demi-tour pour aller rechercher son carnet de bord oublié au point stop. Et du coup, il lui avait été impossible de changer de pneus pour s’attaquer ensuite au Burzet lui aussi recouvert de glace. Une galère.

Saint-Léger du Ventoux joue les arbitres

Le lendemain, la spéciale de Saint-Léger du Ventoux était le théâtre de trois événements marquants. Bruno Saby, alors en tête devant Kankkunen et Biasion, était lâché par sa mécanique (rupture du couple conique) et abandonnait. Parti en pneus cloutés sur le sec, Stéphane Mougel partait en tête-à-queue, pliait une roue arrière et abandonnait lui aussi.

Stéphane Mougel en action lors du Rallye Monte-Carlo 1987A l'autre extrême, Eric Mauffrey, qui lui avait fait le bon choix en partant en pneus mixtes, signait le 12e temps scratch. Sa joie cependant était de courte durée car il attaquait la spéciale suivante avec les mêmes gommes mais cette fois sur la glace. Un coup pour rien donc, sa position au scratch demeurant quasiment inchangée à la fin de l’étape (29e), tout comme celles d’ailleurs de Duchene (31e) et de Riblet (38e) dont la journée avait commencé par une recherche de ses deux voitures d’assistance d’autant plus délicate que celles-ci n’étaient pas équipées de radios. En attendant de les retrouver, et du coup remettre la main sur des pneus adéquats, le Ruppéen avait donc concentré tous ses efforts à éviter une sortie de route qui l’aurait peut-être condamné juste avant le parcours final.

Eric Mauffrey et Daniel Grataloup lors du Rallye Monte-Carlo 1987Mauffrey effondré

Fort heureusement, il évitait cette malchance et il réussissait même à rallier Monaco sans encombre. Ayant décroché la 12e place finale en groupe N, il n’avait pas à se sentir honteux de ce résultat compte-tenu des moyens limités dont il disposait, son seul « luxe » ayant été d’emmener avec lui un navigateur aussi expérimenté que Robert Wrege qui en était effectivement à son sixième Monte-Carlo. La malchance, c’est en fait sur Eric Mauffrey qu’elle s’abattait et au moment le plus inattendu. Toutes les spéciales avaient été courues, le Vosgien en avait terminé et de fort belle façon puisqu’il était depuis peu en tête du groupe A Promotion. Hélas, sur le routier, le joint de culasse de la Golf lâchait et contraignait le pilote à regagner Monaco au ralenti. La voiture n’étant même plus en mesure de monter sur le podium, il fallait toute la sollicitude des commissaires pour l’y hisser, ce geste amical ne parvenant pas malgré tout à réconforter le malheureux pilote et Daniel Grataloup, tous deux en larmes. Sans doute les 6 places perdues dans cette mésaventure (ils finissaient 26e ) avaient-elles peu d’importance à leurs yeux à ce moment.

La R5 GT Turbo de Benoit Duchene lors du Rallye Monte-Carlo 1987Duchene sur un nuage

« Eric, je l’ai vu sur le routier, il m’a dit de ne pas m’occuper de lui sinon je n’arriverais jamais à pointer à l’heure » se souvient Benoit Duchene qui, à l’inverse du Vosgien, était sur un nuage. Une dernière étape d’enfer venait en effet de lui offrir une victoire dans sa classe, la 6e place du groupe N et la 18e place du scratch, soit, précise-t-il avec malice, « juste derrière Delecour qui en était déjà à sa troisième participation ».  « C’est  le meilleur souvenir de ma carrière de compétiteur » poursuit le Haut-Saônois en notant qu’il ne fut jamais aussi bon qu’après cette course. Comme si ce Monte-Carlo lui avait donné la pleine conscience de ses moyens, il rappelle qu’il remporta en effet le Rallye de Besançon dans la foulée, et de nouveau dans la neige. Pour autant, il n’oublie pas tous ceux qui l’ont aidé dans cette aventure, à  commencer par Daniel Fallot dont les plans d’assistance selon lui se révélèrent déterminants. Pour la petite histoire, Daniel Fallot venait se fâcher avec Pierre Bos. Dans la foulée, il proposa donc ses services à Benoit Duchene qui accepta son aide d’autant plus volontiers qu’il avait déjà deviné l’importance de l’assistance dans un rallye comme celui-là. Aujourd’hui, Benoit Duchene n’hésite pas à dire qu’il lui doit son résultat.

A propos de Pierre Bos, on notera que celui-ci fut lui aussi très malchanceux car il abandonna à deux spéciales de l’arrivée sur sortie de route. Quant au rallye, il fut remporté par Biasion que Kankkunen laissa volontairement passer en tête en s’arrêtant au bord de la route. Pour départager – ou calmer - ses deux pilotes qui se talonnaient, le patron de l’écurie Lancia, Cesare Fiorio, avait décidé que le plus rapide dans le Turini serait le vainqueur final. Après, fin des hostilités.

Michel Thiriet

Eric Mauffrey : « une autre époque »

Eric Mauffrey, c’est le moins qu’on puisse dire, n’est pas un fana du WRC et du moins de la manière dont se déroulent ses courses, selon lui trop stéréotypées, trop monotones, sans imprévu. Il regrette les Rallyes Monte-Carlo des années 80 et notamment celui de 1987 qui fut à ses dires « un « vrai » Monte-Carlo, grâce à la présence de la neige. « Mais même sans cela, poursuit-il, la course avait une autre allure qu’aujourd’hui. La plupart des spéciales étaient longues d’une trentaine de kilomètres, on n’y passait qu’une seule fois et même le routier était difficile.
C’était très physique pour les pilotes et souvent infernal pour les mécanos d’assistance qui devaient travailler n’importe où ; au bord de la route, dans la neige, là où ils trouvaient de la place pour s’installer. Aujourd’hui, avec les courses du WRC, tu fais trois fois les mêmes spéciales dans la journée, tu finis à 4 heures de l’après-midi  et il ne se passe plus rien jusqu’au lendemain. Quant aux équipes d’assistance, elles sont bien à l’abri sous des tentes et dans des zones réservées.
Je ne dis pas qu’il faut faire n’importe quoi mais quand je regarde le Dakar, je me demande s’il ne faut pas désormais aller dans ce genre de course pour retrouver ce qui faisait le charme des rallyes de cette époque, quand, pour se distinguer, il fallait à la fois faire preuve d’endurance physique, avoir un coup de volant et un sérieux sens de l’improvisation. »

 

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