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Un petit portrait de Bertrand Pierrat, expert en retours gagnants Imprimer Envoyer
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Mardi, 12 Juillet 2011 13:36

Un grave accident en 1979 et une vie professionnelle intense auraient pu détourner Bertrand Pierrat du sport auto. Mais non, il court encore. Trente-cinq après son premier rallye, sa passion reste à l’image de son coup de volant : intacte.


Il a gardé l’enthousiasme de ses débuts. En mai 2011, plus de tente-cinq ans après son premier rallye, Bertrand Pierrat s’émerveille encore à la lecture des encouragements reçus au lendemain d’une épreuve dont il n’était pourtant qu’ouvreur. Il lit avec délectation les messages de ses supporters subjugués par les passages de sa Toyota, boit ces éloges comme du petit lait.

D’autres auraient pu jouer l’indifférence ou observer avec un rien de morgue ces emballements d’afficionados. Pas lui. On ne décèle pas la moindre trace de suffisance chez ce chef d’entreprise auquel sa propre réussite professionnelle n’a pas tourné la tête. En 2011, la société d’expertises qu’il a développée à la suite de son père compte en effet plus de quatre-vingts salariés répartis dans plusieurs bureaux de l’Est de la France. L’immeuble qui abrite le siège de « Pierrat Expertises SAS » à Saint-Etienne-les-Remiremont (88) est à l’image de cette réussite et arbore tous les canons du modernisme : du verre, de l’acier et de vastes espaces intérieurs.


Lui arracher un créneau pour lui faire raconter sa carrière de rallyman relève de l’exploit et amène à se demander comment il s’y prend pour continuer à mener de front ses innombrables passions, notamment l’aviation, découverte de manière totalement hasardeuse à l’époque où il recherchait une activité susceptible de lui faire oublier le sport auto. « Le déclic, explique-t-il, s’est produit en 1981 en amenant un ami à l’aéroport de Bâle. Du coup, j’ai foncé directement à l’aérodrome de Dogneville pour me renseigner sur le brevet de pilote que j’ai décroché en quatre mois ». Presque trente ans plus tard, il s’est offert un voyage de rêve en convoyant lui-même en 2010 son nouvel avion, un Mooney, de Daytona, en Floride, à Dogneville, dans les Vosges, soit trente-deux  heures de vol et 10 000 km en passant par Québec, le Groenland, l’Islande, le Danemark et l’Ecosse. Sensations inoubliables : « j’étais dans l’irréel » explique celui qui, « gamin, n’aurait jamais imaginé se retrouver un jour à survoler New-York ou passer 4 heures au-dessus de la mer avec un seul moteur ».


Rallye des Vallées 1975 : le virus du sport auto s’installe

L’accident qui faillit lui coûter la vie en 1979 a-t-il contribué à l’installer sur cette brillante trajectoire ?  L’hypothèse n’est pas si farfelue . « Il a coupé mon élan dans une carrière de pilote à laquelle je croyais alors mais à l’inverse, il m’a redonné du temps pour reprendre des études et travailler. Peut-être lui dois-je ma réussite professionnelle » s’interroge cet homme qui se définit aujourd’hui comme « libre de faire ce qu’il veut, de continuer à courir quand ça lui chante. »

Bertrand Pierrat kartingEn 1975, « pour cause de « passion  sans borne pour le sport auto », le très jeune Bertrand Pierrat aurait sauté sur le premier volant qui bouge. Les premiers à l’intéresser avaient été celui du kart qu’il s’était lui-même construit à l’âge de 15 ans avec un moteur Lambretta 125 cc coupé en deux, une chaise de bistrot, un volant et des roues d'Austin, puis celui de la voiture de son père qui ne manquait jamais de l’emmener avec lui dans ses déplacements. Ce père qui « allait hyper-vite avec un sens inné de la trajectoire » comblait tous les désirs de Pierrat junior, lui-même skieur de vitesse et donc amateur de sensations fortes. Il revenait d’ailleurs des championnats d’Europe des moins de vingt ans où il avait été chronométré à 178 km/h lorsqu’il eut l’opportunité de monter dans sa première voiture de course. Même si Jean-François Didier ne lui proposait que la place de navigateur sur sa BMW 2002 turbo, il ne put refuser cette offre puisque la course proposée était le Rallye des Vallées, quasiment le Monte-Carlo des Romarimontains, et en tout en cas, pour Bertrand Pierrat, « un monument de l’époque ». L’équipage Didier-Pierrat termina 4e scratch et 1er du groupe 2.



Première course avec un pare-brise gonflable

Bertrand Pierrat, convaincu après cette course qu’il ferait « quelque chose dans ce sport », entama sa carrière de pilote dès l’année suivante au volant d’un buggy à moteur Volkswagen construit durant l’hiver. Ce qui lui valut de vivre une course mémorable lors de ses grands débuts au Rallye de la Plaine, qui était le premier du nom. Dans l’ordre : obligation par les commissaires de remplacer le pare-brise de 2CV du buggy ; remplacement par un pare-brise gonflable déniché à la hâte dans une station-service ; pare-brise gonflable rendu vite inutilisable à cause des moustiques ; suite de la course avec pour seules protections des lunettes de ski (et une doudoune…) « Je me souviens même m’être arrêté pour ramasser un lapin percuté sur le routier » raconte Bertrand Pierrat, hilare à l’évocation de ces péripéties. « Alain Vauthier et François Vexlard qui ont assisté à l’épisode se sont bien marrés. Daniel Mermod en revanche ne s’est pas marré du tout en me voyant faire des figures dans le parc fermé. Il m’a incendié  en me disant que je faisais vraiment n’importe quoi. Entre nous il n’avait pas tort. Mon seul objectif à l’époque était de faire du spectacle. J’allais même chercher les talus pour me mettre en travers ! »


La Ford Capri le révèle

Surprise : quelques mois seulement après cette course farce, Bertrand Pierrat signa son premier résultat retentissant en terminant 2e scratch du Rallye des Vallées, laissant derrière lui des gens tels que Jan-Hug Hazard (BMW 3.0 CSL, Pierre Mény (Berlinette 1800) ou Jean-Pierre Bugnot (Citroën SM). Seuls Francis Roussely et sa Porsche étaient restés intouchables pour un jeune pilote dans lequel on avait bien du mal à reconnaître le pitre du Rallye de la Plaine. Sans doute plus sérieux que lors de cette course farce, celui-ci entre-temps avait acheté, dans une casse, une Ford Capri RS groupe 2, qui, aujourd’hui encore, reste l’une de ses voitures préférées en raison de son caractère « indomptable ». Un adjectif qui toutefois veut dire beaucoup de choses, entre autres, qu’elle n’avait jamais parcouru plus de 30 km sans tomber en panne avant ce rallye. Avec elle Bertrand Pierrat, termina également 2e de groupe lors de la Course de côte hivernale des Hautes-Vosges remportée par Jean-Pierre Bugnot à Lispach.


Une Porsche à la fiabilité pas garantie

Nous avions basculé dans l’année 1977 et Christian Poirot, le nouveau propriétaire de la Capri, avec lequel Bertrand Pierrat était très lié, lui avait prêtée le temps d’une course. Le garagiste spinalien avait repris la Ford lorsque Bertrand Pierrat s’était porté acquéreur d’une Porsche 911 2,8 l groupe 4, un outil diabolique à maints égards. De fait, elle ne termina aucune des courses auquel Bertrand Pierrat prit part, pas plus la Ronde Luronne (fusée avant dessertie), le Rallye de Lorraine (rupture d’un bras de suspension arrière) que le Tour Auto (boîte de vitesses) où son pilote mit tout de même un point d’honneur à atteindre Remiremont avant d’abandonner. « Il y avait déjà longtemps que j’avais perdu la moitié des rapports mais je me devais d’aller jusque dans les Vosges » explique-t-il en déroulant le film de cette course riche en anecdotes. L’une d’elles, entre autres, met en scène Hug Hazard à l’issue de l’épreuve disputée sur le circuit d’Albi : « J’avais un peu tassé Jean-Hug pendant la course, du coup, quand son père est venu vers moi la tête enfoncée dans les épaules, j’étais sûr qu’il allait m’en coller une. Mais non, il venait me féliciter. Il m’a dit : tu as bien conduit gamin ! »


Puisque décidément rien ne lui serait épargné cette année-là, Bertrand Pierrat ne termina pas non plus le Rallye des Vallées. Mais là, il sortit de la route alors qu’il était en bagarre avec Bernard-Etienne Grobot pour la victoire : « juste après l’arrivée de la spéciale de Liézey où je venais de faire le meilleur temps scratch, j’ai été distrait par la présence d’un camion de lait sur le bord de la route. Le temps de reprendre mes esprits et  j’avais déjà loupé le dernier virage. La voiture s’est envolée, a fait un tout complet en l’air, est passée au-dessus d’une clôture sans la toucher et s’est immobilisée finalement sur ses roues. Il n’y avait pas le moindre dégât de carrosserie mais en-dessous c’était moins beau : le train avant était ouvert ».

Des hauts et des bas avec les Porsche de Pierre Renaud

Bertrand Pierrat portraitPierre Renaud le naviguait dans cette course. Bertrand Pierrat se lia d’amitié avec ce carrossier nancéien qui l’appelait «  le merdaillon » de par sa propension « à mettre le bazar partout ». Il mit à la disposition du jeune Vosgien une autre Porsche avec lequel ils prirent le départ du Rallye de Vézelise dont Bertrand Pierrat a oublié le résultat. Il se souvient en revanche que c’est son moteur qui avait été monté dans la Porsche en question, que ce moteur commença à cogner avant le départ et qu’il fut remplacé durant la première neutralisation précédant le départ. Les deux compères s’alignèrent ensuite au Rallye du Rhin dont ils terminèrent à une honorable 4e place scratch en se partageant le volant ; enfin presque puisque Pierre Renaud se contenta de faire le prologue et transmit ensuite les commandes à son coéquipier pour le reste de la course. Bertrand Pierrat du coup passa très peu de temps dans le baquet de droite avant que survienne le Rallye de la Plaine où il accepta de dépanner Daniel Fallot au pied-levé. Un souvenir impérissable : « Je devais seulement l’aider à sortir la voiture du parc fermé et sitôt après, son navigateur qui était en retard et l’attendait un peu plus loin devait monter dans la voiture. En réalité j’ai fait toute la course. La peur de ma vie ! C’est vrai que mon pilote ne savait pas trop conduire…»

1978 : deux victoires scratch en huit jours

Bertrand Pierrat lui, savait. Intronisé officiellement membre du Pierre Renauld Racing, ce qui, d’après lui, lui valait seulement le privilège de choisir sa voiture quand ses « équipiers » Francis Roussely et Bernard-Etienne Grobot avaient choisi les leurs, il en apporta la preuve en 1978 signant sa première victoire scratch au Rallye Sud-Alsace avec une Porsche groupe 3 de série louée à Bernard Crouvizier, puis une deuxième une semaine plus tard au Rallye des Vallées. « Je venais de gagner mon championnat du monde » se souvient le pilote qui s’était présenté avec une Porsche rapportée la veille de Paris par la route afin de la tester. « On la vérifie, rien n’est serré. Sur le podium de départ, le démarreur se coince. Je fais tout le rallye comme ça, en prétextant une charge de batterie un peu faible… » Les rallyes de cette époque étaient décidément héroïques et les commissaires sans doute très tolérants aussi. Les équipes d’assistance ? « Ça tenait plus de la sortie brochettes que d’autre chose, en tout cas, tout le monde se marrait bien » rappelle Bertrand Pierrat à l’évocation du Rallye de Cour - rallye suisse pour ceux qui ne le sauraient pas, qui passait par la Haute-Saône et où ses copains, postés dans un carrefour des Mille Etangs, envoyèrent « tous les phares blancs d’un côté d’un côté et tous les phares jaunes de l’autre ».

 « Y en a là-dedans ! »

Il faut dire qu’un brouillard à couper au couteau s’était abattu sur la course. «  Dans la spéciale de Croix, je me suis guidé avec les pylônes électriques, je savais qu’il y en avait seize » explique Bertrand Pierrat, qui s’était aligné avec une Porsche groupe 4 dont le bruit avait même impressionné Nicolas Buhrer. « Y en a là-dedans ! » s’était exclamé le pilote suisse en entendant le moteur de cette voiture dont la présentation laissait en revanche à désirer, faute de peinture sur les extensions d’ailes. Le plateau était somptueux avec plusieurs Lancia Stratos, Fiat 131 Abarth et autres grosses Porsche. Bertrand Pierrat n’en réussit pas moins à prendre la tête mais sa mécanique hélas le lâcha.

L’accident du Rallye de la Plaine comme s’il y était

Le  jeune pilote, certain de ses dispositions pour ce sport « y croyait plus que jamais » mais un accident terrible lors du Rallye de la Plaine 1979 en décida autrement. La mémoire de Bertrand Pierrat a définitivement imprimé tous les détails de cette course qui constituait son premier rallye de l’année. Le contexte : un engagement de dernière minute destiné à honorer un contrat de 5 courses avec un nouveau partenaire ; la voiture : une nouvelle Porsche dotée ce jour-là d’un gros moteur de groupe 4 de 350 chevaux au bruit « ahurissant » mais dénuée de réservoir souple anti-feu ; son équipement : pas de chaussettes, ni bottines, ni cagoule ignifugées, seule l’était sa combinaison. « Comme ce n’était pas l’habitude de passer tout l’équipement de course en régional. Entre nous, nous les appelions des « rallyes saucissons. » Jan-Hug Hazard m’a chambré. Si mes copains avaient entendu ça, je me serais remis tout de suite en jean » explique Bertrand Pierrat.

Le pilote fut vite libéré de toute préoccupation vestimentaire par un début de course tonitruant. « Mais j’avais remarqué que l’auto sentait beaucoup l’essence » se souvient-il. Il aurait dû s’en préoccuper un peu plus car, à la réception d’une bosse, la Porsche se transforma soudain en brasier, une fuite d’essence ayant probablement été enflammée par un arc électrique dans la batterie. Quand Bertrand Pierrat parvint à immobiliser la voiture, son navigateur Claude Rousseau, réussit à s’en extraire mais lui fut dans l’incapacité de trouver la sangle actionnant l’ouverture de la portière. « J’ai essayé de défoncer le pare-brise à coups de pieds mais pas moyen. Quand je suis parvenu à sortir, j’étais en flammes, la visière de mon casque avait coulé sur ma combinaison et l’avait embrasée. J’ai essayé de l’enlever mais elle s’est bloquée sur mes chaussures. »


« Quitte à partir… »

Bilan : brûlures au 3e degré aux pieds, brûlures au visage, trois mois d’hospitalisation au centre des grand brûlés de Metz où Bertrand Pierrat fut transféré dans la nuit après un bref séjour à l’hôpital de Vittel. Une nuit dont, plus de trente ans plus tard, il parvient à reconstituer toutes les étapes avec la plus grande précision : perfusion posée sur place par un médecin dans le quart d’heure qui suivit l’accident : « c’était le docteur Rento, il m’a sauvé la vie ». Transfert à l’hôpital de Vittel où il aperçut un interne qui était en classe avec lui à Remiremont (« il avait les larmes aux yeux en voyant mon état »). Il y croisa aussi une infirmière, d’après lui « superbe et toute bronzée » à laquelle il demanda de lui tenir la main en se disant que « quitte à partir, autant que ce soit en tenant la main d’une belle fille ».

Le médecin urgentiste voulait qu’il soit transféré à Metz, le médecin chef de l’hôpital ne voulait pas. « Je lui ai donc signé une décharge, en réalité un énorme gribouillis griffonné sur toute la page puisque je n’y voyais presque plus rien ». Départ finalement pour Metz, « avec un ambulancier que je connaissais puisque je l’avais eu comme client lors d’un sinistre ».

Retour fugitif six ans plus tard

Le 31 décembre de la même année, Bertrand Pierrat remportait une course de ski de fond à Valloire. « J’ai gagné un jambon et une caisse de vin blanc » s’amuse le pilote qu’un médecin de Metz qualifia de « phénomène » en le voyant arriver à sa première consultation externe sans béquilles. De là à en conclure que tout fut facile… « Non, explique Bertrand Pierrat, les greffes sur le pied et surtout sur le tendon d’achille prennent très difficilement, il en a fallu des traitements et des cures ». Son principal atout : « un moral d’enfer », une détermination sans faille à se rétablir, quitte à mettre définitivement de côté ce sport auto qui lui avait coûté si cher et laissé ses parents si malheureux. A l’époque, il leur fit d’ailleurs la promesse de ne plus remonter dans une voiture de course, se vengea sur le vélo mais accepta tout de même toutes les sollicitations de Francis Roussely ou François Grandjean à aller « s’éclater » sur la Route des Forts en hiver...

Il tint bon pendant six ans, durant lesquels il se consacra totalement à son métier et obtint le diplôme d’expert agréé qui allait ensuite lui permettre de développer « Pierrat Expertises ». Six années durant lesquelles la tentation de courir cependant ne disparut jamais vraiment. Ainsi, un jour de 1981, son père découvrit en lisant le journal que son fils avait remporté un rallye 4x4 sur les hauteurs de Remiremont avec sa Jeep. Quelques semaines plus tard, Bertrand Pierrat s’apprêtait à remettre ça en Suisse mais un événement tragique l’en dissuada : sur la route, il apprit en effet que Jean-Louis Lafosse, son copain Jean-Louis Lafosse qui voulait l’attirer en circuit, venait de se tuer au Mans. « Il avait été le premier à me rendre visite à l’hôpital. J’étais anéanti. Là, je me suis dit que j’arrêtais pour de bon ».

Pour oublier le Rallye de la Plaine

Sauf qu’en 1985, la tentation étant sans doute devenue trop forte, il loua une Fiat Ritmo Abarth à Francis Roussely pour disputer le Rallye de Lorraine... Problème, la voiture ne vit même pas le départ car Bertrand Pierrat l’endommagea dans la descente du col de la Schlucht lors des reconnaissances. « J’étais très fatigué, je me suis endormi » raconte le pilote qui, après cette mésaventure, se fit donc un devoir de racheter la voiture à son propriétaire afin de participer à quelques belles épreuves loin de la Lorraine, ce qui était son véritable objectif. Ces épreuves lui permettraient, pensait-il, de mettre un terme à sa carrière après avoir gommé ce méchant souvenir du Rallye de la Plaine qui manifestement le poursuivait. Et, au passage, de faire le point sur ses qualités de pilote dans une certaine discrétion.

De retour du Rallye de Madère et du Rallye de San Remo, il était rassuré puisqu’il était parvenu en ces deux occasions à prendre la tête du groupe N temporairement avant, dans le premier cas, (Madère) d’être retardé par un problème de boîte de vitesses et dans le second (San Remo) de s’incliner devant un pilote italien dont il a oublié le nom. Il n’en termina pas moins premier pilote français, ce qui classa tout de même son homme dans une épreuve à laquelle avaient participé des pointures telles que Rohrl, Biasion, Saby, Bettega, Alen et autre Toivonen. En fin d’année, surprenant tout son monde, Bertrand Pierrat s’aligna aussi au Rallycross de Chenevières. Il n’eut pas le loisir de profiter de la pôle-position qu’il signa devant deux BMW 325 puisqu’il cassa une jante à deux reprises. « La même jante et dans la même ornière » précise-t-il.

Les voitures anciennes, non merci

Le pilote parvint-il, comme il en avait fait le pari, à faire disparaître les vieux démons qui le hantaient en quelques courses ? Probable. Se consacrant à son travail, il fit en tout cas une impasse totale sur le sport auto pendant quelques années, allant, selon ses dires, « jusqu’à ne plus lire un seul magazine et à quitter le coin quand il y avait une course ». L’homme était guéri mais pas immunisé. Il s’acheta tout d’abord  un proto Merlin avec lequel il s’en alla se défouler de temps en temps à l’Anneau du Rhin, puis l’ancienne BMW 3.0 CSL groupe 2 de Jan-Hug Hazard qu’il aligna deux années de suite dans des épreuves de VHC. L’ambiance des courses de voitures anciennes ne lui convenait pas : « pas mon style » indique le pilote qui ne savait que trop bien que son véritable objectif était de revenir dans les « vrais » rallyes avec une « vraie » auto.

En 2005, n’y tenant plus, il sauta le pas en achetant une Ford Escort Cosworth groupe A qui lui offrit certes une victoire lors de la Ronde Ruppéenne mais aussi quatre abandons, la boîte se révélant « fragile comme du verre ». De quoi justifier l’acquisition d’une autre voiture l’année suivante, qui fut en l’occurrence une petite merveille de Toyota Corolla réputée avoir été conduite par le passé par Carlos Sainz. Elle venait d’offrir son troisième titre de champion de Belgique à Peter Tsjoen lorsque Bertrand Pierrat mit la main dessus, non sans s’être assuré que l’un des mécaniciens qui la connaissait le mieux, à savoir Ewald Decker, un ancien du Team Toyota Europe, continuerait à s’en occuper. Bonne pioche car Bertrand Pierrat cette année-là signa deux victoires scratch au Rallye Saint-Marcellin et au Rallye Vosgien ainsi qu’une deuxième place au Rallye de la Noix de Grenoble. De quoi oublier la première course, au Rallye Lyon-Charbonnières, qui avait tourné au cauchemar du fait de pneus non adaptés. « Ils m’avaient été offerts par un manufacturier, je ne vais pas en dire du mal » précise Bertrand Pierrat, classé seulement 20e après avoir eu « l’impression de faire le Rallye de Suède tant la Toyota glissait ».


De retour aux affaires

Une certitude : Bertrand Pierrat était de retour aux affaires. A partir de 2006, il ne cessa plus de courir, et avec un certain bonheur puisqu’il accumula quantité de victoires dont il ne tient d’ailleurs pas le compte. « Plusieurs en 2007 » indique-t-il sans plus de précision « et au moins quatre en 2008 dont le Lorraine », tout en s’offrant, sur une Subaru groupe N du team belge BMA, trois participations à des rallyes sur terre, « pour voir », ainsi que les rallyes de Suède et de Norvège « rien que pour le bonheur de rouler dans la neige, dans le grand blanc, sans aucun repère pour la prise de notes ». En 2009, il disputait cinq courses de la Coupe de France des rallyes, il en remportait quatre.

« Comme j’ai monté ma propre structure, je fais désormais ce que je veux » indique ce pilote au parcours étonnant, taraudé toute sa vie par l’envie de courir et de se faire plaisir tout en réussissant   sa carrière professionnelle. On croit deviner que la vie de son entreprise reste la seule chose devant laquelle il fera passer son envie de s’installer derrière le volant d’une auto de course. Même ses épaules fragilisées par la pratique de l’enduro ne sont plus un problème puisqu’après la gauche il y a quelques années, la droite a été opérée en février 2010.

Un an et demi après cette opération, en juin 2011, il a ressorti sa combinaison pour aller disputer le Rallye de Saint-Marcellin dont il s’est classé 2e et il recherche la voiture qui remplacera très bientôt sa Toyota Corolla, « une pièce de collection », qu’il s’est déjà promis de ne jamais vendre. Autant dire qu’il n’est pas encore disposé à raccrocher.

Michel Thiriet

 

Commentaires 

 
#1 Claude Rousseaux 2011-07-20 13:39 Salut Bertrand,

Je m'en souviens comme si c'était hier du rallye 4×4 avec la Jeep…

En descendant le lendemain, prendre le petit dej dans la cuisine de tes Parents, ton Père qui avait déjà lu le journal t'avais demandé
- "Bertrand, tu as touché à la Jeep" ?
- "non pouquoi tu me demandes cela" ? que tu lui avais répondu..
et ton Père qui te met le journal sous le nez en disant :
- "et ça que c'est ce que c'est" ????
C'est vrai que tu avais une belle photo de toi et la Jeep en page des sports… :)))))
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