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Reims, 6 juillet 1958 : La dernière ligne droite de Juan Manuel Fangio Imprimer Envoyer
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Samedi, 04 Mai 2013 12:40

C'est à l'issue du Grand Prix de l'ACF 1958, disputé sur le circuit de Reims-Gueux, que Juan Manuel Fangio a définitivement raccroché le casque marron qui avait, depuis l'accident de Monza en 1952, succédé au serre-tête blanc de ses débuts européens. Avec, à son actif, cinq titres de champion du monde et, pour bien des années à venir, un statut de légende vivante.

Fangio-1--Reims-1958Reims 1958, derniers tours de roues pour la Maserati 250F "Piccolo" et son pilote, Juan Manuel Fangio

 

Reims, samedi 5 juillet 1958, à la nuit tombante. Sur le petit balcon de sa chambre, au quatrième étage de l'hôtel du Lion d'Or, l'établissement le plus huppé de la cité, l'homme regarde, sans vraiment la voir, la rue Drouet d'Erlon grouillante d'une foule que l'évènement draine chaque année vers la capitale champenoise. Dans la lueur venue de la pièce où s'active Dona Andreina Espinosa, dite "Beba", compagne du quintuple champion du monde des conducteurs, la silhouette trapue de celui-ci est immobile. La tête semble ailleurs, pour la première fois peut-être à la veille d'un Grand Prix, et si les yeux noirs et perçants de Fangio ne se fixent sur rien de précis, c'est le signe d'un étrange manque de concentration, chez un individu que l'on a rarement pris en flagrant délit de rêverie …

Fangio-2-Primo-del-norteVers la victoire dans le "Gran Premio del Norte", au cours de l'hiver 1940 (l'Argentine est dans l'hémisphère sud !)


"El chueco", champion de Balcarce et des environs

Pourtant, l'esprit du "campionissimo" argentin ne cesse, ce soir-là, de fonctionner. Aussi vite que, quelques heures auparavant, sa monoplace Maserati 250 F avalait l'interminable ligne droite de la RN 31, entre Muizon et l'épingle de Thillois. Sur l'invisible, mais fidèle, écran de la mémoire, les images déroulent leur précision cinématographique … La petite maison de Balcarce, loin, très loin de la Champagne, à quatre cents kilomètres de Buenos Aires, où le futur Roi des Grands Prix voit le jour le 24 juin 1911, d'une mère et d'un père (Erminia et Loreto) immigrés italiens, quatrième d'une heureuse famille de six enfants. L'atelier de mécanique du senor Capetini, dans lequel le petit Juan Manuel passe le plus clair de son temps, au point d'en oublier souvent l'école, nourrit une passion grandissante (partagée avec celle du football), pour tout ce qui possède un moteur. C'est sa façon de jouer du pied gauche, induite par des jambes fortement arquées, qui lui vaut très tôt le sobriquet de "El chueco" (le tordu), un surnom qui l'accompagnera jusqu'au faîte de sa gloire.

Fangio-4-Ford-ALe premier véritable "pur-sang" fabriqué à Balcarce, à partir d'une brave Ford Type A.

Les souvenirs affluent : l'ouverture, à son retour du service militaire, d'un petit garage en compagnie de José Duffard (qui restera son associé dans diverses affaires commerciales) puis, en 1934, sa toute première participation à une course d'automobiles. Le bolide, une Ford Type A quelque peu modifiée appartenant à un certain Viangulli, ne permet pas à Fangio de terminer, tête de bielle hors d'usage. La réaction peu amène du propriétaire incite l'apprenti-pilote à investir dans son propre matériel, et "El chueco" casse sa tirelire pour acheter SA Ford A. Dûment transformée en bolide, la brave (ex !) berline affronte son baptême du feu le 13 décembre 1936, lors d'une de ces innombrables épreuves sur route (qui, le plus souvent, sont de simples sentiers, plus volontiers fréquentés par les mules !) organisées aux quatre coins du pays.

Premiers grands succès …

Fangio-5-portrait-1947Un portrait de Fangio à son arrivée en EuropeDe nouveau, l'aventure tourne court. De manière d'ailleurs cocasse, puisque Fangio, qui a travaillé toute la nuit pour peaufiner sa "spéciale", arrive sur place … alors que le départ vient d'être donné ! Qu'à cela ne tienne, le champion de Balcarce et des environs s'élance, sans complexe, aux trousses d'adversaires qui ont un ou deux tours d'avance. Arrêté dans son élan, Fangio est disqualifié. Moins drôle, voici que l'affaire arrive aux oreilles des parents, et en fils obéissant, le héros de l'histoire se tient à carreau pendant quelque temps … Mais le naturel revenant au galop, aussi vite que les chevaux des pampas avoisinantes, c'est au volant d'un engin entièrement fait à la maison que le futur Champion du Monde s'aligne au départ d'une course disputée à Necochea, le 27 mars 1938, se classant 3e derrière deux véritables voitures de compétition, dont l'Alfa Romeo 8C de Arzani, l'une des gloires du sport automobile argentin. La machine est, si l'on ose dire, lancée. La première victoire, remportée face à une autre vedette locale, Oscar Galvez, dans le "Gran Premio del Norte", une course de fous disputée en octobre 1940 de Buenos Aires à La Paz au Pérou, et retour, sur près de 10 000 kilomètres fractionnés en treize étapes, assoit définitivement la réputation de Fangio.

Choisi par Juan Domingo Peron lui-même

Sur le balcon de l'hôtel rémois, le champion a un demi-sourire, celui que nombre de documents photographiques ont popularisé. Il songe à ce retour triomphal au village natal, et à l'incroyable enchaînement des circonstances qui, en quelques années, amènera l'obscur "pilote du dimanche" au sommet de la hiérarchie du sport automobile mondial.

Choisi, en 1948, par l'Automobile Club d'Argentine pour disposer d'une Maserati 4CLT toute neuve, dans le Grand Prix de Buenos Aires, Fangio y affronte rien moins que Messieurs Villoresi, Farina, Varzi, Wimille et consorts … Lorsque le Présidente Juan Domingo Peron décide d'envoyer en Europe un petit contingent des meilleurs pilotes du pays, Fangio est, naturellement, du voyage, en compagnie de Galvez et du jovial José Froilan Gonzalez, auquel sa corpulence et sa fougue ont valu le surnom sans ambiguïté de "El Toro de la Pampa". Et c'est à Reims, justement, que Fangio s'aligne au départ de sa toute première épreuve européenne, dans la course réservée aux monoplaces de moins de 2 litres, qui précède le Grand Prix de l'A.C.F. Le moteur cassé de sa frêle Simca-Gordini le contraint à l'abandon, après un début de course obscur, mais désormais, l'histoire du petit mécano de Balcarce est en marche.

Fangio-6-Reims-GordiniLes débuts français à Reims (déjà !), en 1948. La Simca-Gordini sera éliminée par une panne.

Tout commence … à Reims, en 1948

La coïncidence a bon dos … C'est donc ici, en Champagne, que tout a réellement commencé, il y a juste dix ans. Depuis, le tracé de Reims-Gueux (que Fangio ne considère pas, à bon droit, comme le plus passionnant des circuits, avec ses trois immenses lignes droites reliant trois virages sans véritable caractère) a marqué la carrière de l'argentin.

A l'occasion du tout premier Grand Prix de l'A.C.F. comptant pour le nouveau Championnat du Monde des Conducteurs de Formule 1, en 1950, le "maestro" sud-américain impose son Alfa Romeo 159. Il récidive l'année suivante, celle de son premier sacre mondial, toujours grâce à l'intraitable Alfa. En 1953, il mène le Grand Prix de l'A.C.F. en résistant au jeune britannique Mike Hawthorn, mais, en vue de la ligne d'arrivée, l'homme au nœud papillon profite de l'aspiration pour porter sa Ferrari 500 à hauteur de la Maserati A6GCM, passe et l'emporte d'une petite seconde !

Fangio-7-Reims-1953-MaseratiReims, 1953. Sur la ligne d'arrivée du G.P. de l'A.C.F., la Maserati de Fangio sera battue de quelques mètres par la Ferrari du jeune Mike Hawthorn.

Deux ans plus tard, c'est à Reims que Mercedes effectue son grand retour sur la scène des Grands Prix, et Fangio ne laisse à personne le soin de célébrer l'événement, auteur d'une retentissante victoire, sur la fantastique monoplace W196 habillée d'une carrosserie enveloppant les roues et les flancs. Une machine à gagner, vite baptisée "Flèche d'Argent", pour assurer la continuité historique des machines de Grand Prix fabriquées à Stuttgart. C'est sur le terrifiant et magnifique circuit du Nürbürgring - le grand, l'unique, celui de 22 kilomètres, la légendaire "Nordschleife" - que Fangio remporte son plus beau succès, en 1957, lorsqu'il remonte à coup de (grosses !) poignées de secondes sur les Ferrari de Hawthorn et Collins, pour imposer sa Maserati 250 F, malgré un arrêt d'une bonne minute au stand. "Ce jour-là, affirmera-t-il, j'ai accompli des choses dont je ne me croyais pas capable". Mais pour l'argentin, Reims garde sa valeur de symbole, quelque chose comme le socle, la pierre angulaire de l'ensemble de sa carrière.

Fangio-9-Berne-1954G.P. de Suisse à Berne, 1954. L'une des victoires qui conduiront le binôme Fangio/Mercedes à un second titre.

24 victoires (1), 5 titres mondiaux, et après ?

Dans le lointain, au gré du vent porteur d'échos, on entend parfois le grondement sourd de l'un des bolides qui se mettent en place pour prendre, à minuit, le départ de la course des "12 Heures", considérée comme la revanche des 24 Heures du Mans. Fangio pense-t-il, alors, à ces grands moments d'un tout proche passé, au cheminement de cette incroyable destinée qui, en moins d'une décennie, l'a conduit de l'anonymat, auquel le vouait ses origines modestes autant que son éloignement, au sommet de la gloire, lui apportant cinq titres de Champion du Monde, dont quatre consécutivement entre 1954 et 1957 ? Ou bien revoit-il les images toutes fraîches d'un début d'année 1958 fort mouvementé, tandis que, depuis une chambre proche, lui parviennent les bruits d'une petite fête à laquelle participent, selon toute évidence, les inséparables Mike Hawthorn et Peter Collins, jamais à court d'idée lorsqu'il s'agit de marier le plaisir au travail ?

Fangio-10-Le-Mans-1955Le Mans, 1955. Avec la 300 SLR, Fangio mène les "24 Heures" lorsque Mercedes retire ses voitures, suite à la tragédie survenue quelques heures auparavant.

Oui, cette saison 1958 a bizarrement débuté … D'abord, Fangio, d'ordinaire pragmatique, sinon sans états d'âme, se pose maintes questions, que l'on pourrait qualifier "d'existentielles". Il est bien conscient d'avoir atteint à un statut auquel une nouvelle couronne mondiale n'ajoutera pas grand chose. Conscient, aussi, du fait qu'il va fêter son quarante-huitième anniversaire, qu'il a eu beaucoup de chance -son seul accident grave, il l'a subit à Monza, en 1952, mais combien d'amis, de camarades a-t-il laissé derrière lui, morts en course ? Wimille, Varzi, Sommer, Ascari, Rosier, Castellotti, de Portago, et son jeune compatriote Onofre Marimon, que Fangio considérait comme son fils spirituel … (2)

A son vieux complice Marcello Giambertone ("Giamba", pour les intimes), il a confié qu'il avait toujours envie d'être derrière un volant, pour ajouter aussitôt qu'il avait pleinement atteint ses objectifs, laissant entendre que le moment était peut-être venu de passer la main. Son conflit avec Enzo Ferrari, qu'il a ouvertement soupçonné d'avoir favoriser ses équipiers, en 1956, l'a rendu méfiant et, pourtant sollicité par tous les constructeurs impliqués dans la Formule 1, il n'a donné suite à aucune proposition, se réservant la possibilité de courir au "coup par coup". Bref, si Fangio n'a pas pris de décision ferme, il semble bien que l'idée d'une retraite ait déjà largement fait son chemin dans l'esprit de celui qui estime, aussi, devoir un peu de paix et de quiétude à ses vieux parents.

Fangio-11-Monaco-1957Monaco, 1957. Les Ferrari s'auto-éliminent à la chicane du port, ce dont Fangio et sa Maserati 250F profitent aussitôt.

Enlevé par les "barbudos" castristes !

Herminia et Loreto Fangio vont pourtant vivre, quelque temps encore, des heures difficiles ! Leur fils a remporté le Grand Prix de Buenos Aires, dans les premiers jours de cette année 58. Il se rend ensuite à La Havane, où doit se disputer une course réservée aux voitures de sport. Le 24 février, vers 18 heures, Fangio se trouve dans le hall de l'Hôtel Lincoln, en compagnie de "Giamba" et de quelques amis. Un tout jeune homme s'avance vers le champion du Monde et lui presse un pistolet contre le flanc. Tout le monde croit d'abord à une plaisanterie, d'autant plus que Fangio a monté, la veille, un canular à peu près similaire, à l'attention de Giambertone ! Mais il faut vite se rendre à l'évidence. C'est bel et bien un enlèvement, et Fangio est embarqué de force dans une voiture qui s'éloigne sous les regards ébahis de la petite troupe ! Kidnappé par les représentants de la rébellion castriste pour attirer l'attention du monde entier sur leur mouvement, Fangio sera courtoisement traité et libéré, sans retard, au lendemain d'un Grand Prix de Cuba hélas marqué par un accident qui fait plusieurs victimes parmi les spectateurs. Cette aventure ne perturbe pas outre-mesure un homme qui en a vu d'autres, mais elle est peut-être considérée, par celui-ci, comme un signe supplémentaire du destin. A l'image de celui que Fangio reçoit au mois de mai, lorsqu'il décide de s'aligner au départ de l'unique grande épreuve internationale à laquelle il n'a jamais participé, les 500 Miles d'Indianapolis.

Fangio-12-Nurburgring-1957Grand Prix d'Allemagne (Nürbürgring) 1957. " Ce jour-là, j'ai accompli des choses dont je me croyais incapable".

Frayeur à Indianapolis, déception à Monza

Se qualifiant sans peine lors des fameux "rookie tests", il s'avise rapidement que la Kurtis-Craft-Offenhauser qui lui est confiée relève de la pièce de musée ! On lui fournit donc une Novi Special, dont la particularité essentielle est de donner la pleine mesure de ses 600 chevaux de manière aléatoire, ce qui vaut à son pilote d'un jour l'une des plus belles frayeurs de sa vie, lorsqu'il effectue une bonne dizaine de tête-à-queue, en s'aventurant hors de la trajectoire idéale … et obligatoire !

Fangio-13-Reims-1958-arriveeGrand Prix de l'A.C.F., Reims, 1958. A l'issue de son ultime Grand Prix, l'argentin paraît totalement épuisé.

L'Argentin se dit qu'il fut, ce jour là, à deux doigts de ne plus jamais savourer la douceur des soirs d'été champenois.

Renonçant à courir aux Etats Unis, il est à peine plus heureux lors des 500 Miles de Monza, disputés sur un autre "roadster" américain, une Dean Van Line qui s'avère, elle, trop poussive pour lui permettre ne serait-ce que de figurer honorablement … Décidément oui, cette saison 1958 ne lui a réservé, jusqu'alors, que des désagréments. Cet après-midi, il a signé le 9e chrono sur les 8,300 kilomètres du circuit de Gueux. La Maserati 250 F "Piccolo", ainsi nommée parce que plus petite et plus légère que la 250 F "normale", et testée pour la première fois un mois auparavant lors des essais du Grand Prix de Belgique, aurait-elle put (ou dû ?) lui permettre de faire mieux ? Pas sûr, puisqu'il a qualifié la "vieille" 250 F de l'espagnol Francesco Godia avec un temps de 2'27"1, à trois secondes seulement de celui qu'il a signé sur sa propre voiture. Mais, une fois de plus, le doute s'insinue.

Lorsqu'il revient dans la chambre, "Beba" dort déjà. Fangio, auquel il faut ses douze heures de sommeil quotidiennes, reste les yeux ouverts, ce qui ne lui est pas arrivé depuis bien longtemps …

L'ultime drapeau à damiers …


Fangio-14-SennaFangio, ici avec Ayrton Senna, reviendra souvent sur les circuits après sa retraite. Circuit de Reims-Gueux, dimanche 6 juillet 1958, vers 16 heures. Dans ses rétroviseurs, Fangio qui occupe une méritoire 4e position à quelques instants de l'arrivée de ce Grand Prix de l'A.C.F., après avoir connu des ennuis avec une commande d'embrayage récalcitrante, voit s'approcher la Ferrari de Hawthorn, qui s'en va vers son unique victoire de la saison. Pourtant, il sera sacré Champion du Monde des Conducteurs, un titre que Stirling Moss, auteur de quatre succès, aurait incontestablement mérité. Pour l'heure, Moss et sa fine Vanwall sont seconds, et Fangio, qui vient de négocier le virage de Muizon où se tiennent, comme toujours, Christian Moity et son jeune frère Etienne (3), s'en va vers l'épingle de Thillois pour la dernière fois. Il s'aperçoit que la Ferrari ne le rattrape pas. Comprend-il que son futur successeur a l'élégance de ne point lui infliger un tour de retard ? En tout cas, cet hommage est attesté par l'écart qui sépare les deux hommes au terme du Grand Prix: 2'30"7, soit, effectivement, le chrono en course dont l'argentin (2'24" lors des essais) était alors régulièrement comptable, boucle après boucle, en dépit de son embrayage envolé …

Le drapeau à damiers salue le passage de la Maserati N°34. Le quintuple Champion du Monde sait, dès cet instant, que cette séquence si familière est, cette fois, la dernière scène du film. Elle lui reviendra souvent en mémoire, pendant les trente sept années suivantes, jusqu'à ce jour de juillet 1995 ou, dans une chambre d'hôpital de Buenos Aires, "El chueco" franchira son ultime ligne d'arrivée.

 

René BOUGROS

 

(1) Il s'agit, ici, uniquement des victoires obtenues dans les Grand Prix du Championnat du Monde. Sur 51 départs, le taux de réussite reste exceptionnel.

(2) Fangio perdra encore nombre d'amis, à commencer par Luigi Musso, tué en ce jour de juillet 1958 à Reims, un mois avant la disparition de Peter Collins lors du G.P. d'Allemagne …

(3) Le premier deviendra un éminent journaliste et un historien reconnu du sport automobile, le second, tout aussi passionné et talentueux "plumitif", sera le premier -et toujours emblématique !- rédacteur en chef d'Auto-Hebdo.

 

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