HOME SPORTS L'ACTUALITE Eric Mauffrey : "Comme un écolier qui part en vacances"
Eric Mauffrey : "Comme un écolier qui part en vacances" Imprimer Envoyer
SPORTS - L'ACTUALITE
Mardi, 28 Juillet 2009 00:00
Mauffrey OurenseSa première course remonte à 1983 et pourtant, Eric Mauffrey garde la même envie de gagner qu'à ses débuts. Une confidence parmi d'autres du rallyman vosgien qui roule cette année sur une Clio R3 avec laquelle il se régale.
Le coup de volant d’Eric Mauffrey est toujours aussi efficace : à mi-saison, le rallyman vosgien occupe en effet la deuxième place du classement général du Trophée Clio R3 France et du Clio R3 West European Trophy qui sont les deux compétitions qu’il a choisi de disputer en 2009. Quand il jette un regard sur sa carrière, le pilote dit apprécier les conditions dans lesquelles il court aujourd’hui, sans pression, sans autre objectif que celui de se faire plaisir. Son envie de gagner en revanche est la même qu’il y a 26 ans. On l’aurait parié.

Comment qualifierais-tu ton début de saison ?


Disons que le bilan est plutôt positif. D’une part, j’ai obtenu de bons résultats, ensuite l’ambiance est excellente entre les pilotes. Je me régale dans une auto très sympa à conduire avec un bon petit châssis et de bons freins. La Clio R3 est très représentative des voitures de course modernes, c’est-à-dire confortable et dotée d’une instrumentation très complète. Quand je roulais avec la Subaru, c'était tellement physique que j’ai failli tomber plusieurs fois dans les pommes à l’arrivée de certaines spéciales. J’en étais arrivé à avoir peur en prenant le départ. Quelle différence avec aujourd'hui !

Une bonne ambiance entre les pilotes c’est donc possible dans une compétition de marque ?

C’est toujours le cas quand une compétition ne débouche pas sur un volant officiel. Le Trophée Clio R3 n’est pas une formule de promotion, c’est une formule qui permet de se faire plaisir, et seulement cela. Ce n’est pas un hasard si on y retrouve  des pilotes dont l’âge moyen est plus élevé que dans ces challenges où les gens tueraient père et mère pour gagner un programme. Je connais cette ambiance, je suis passé par là…

Vingt-six ans de carrière déjà… As-tu encore des souvenirs de ton premier rallye ?

Ça ne s'oublie pas ! C'était la Ronde Luronne 1983 avec une Golf GTI qui avait 120 000 km au compteur et sur laquelle j'avais juste monté un arceau et 4 bons amortisseurs. Je n'avais même pas acheté de pneus slicks par souci d'économie, j'avais seulement des TB, une sorte de mixtes. Pour ce qui est des reconnaissances, je m'étais contenté du minimum. Je suis parti comme ça, en me disant : on verra bien ce que ça donne. Si je suis dans le coup, je continuerai, sinon je n'insisterai pas.

Et le résultat de cette Ronde Luronne ?

J'hésite mais j'ai terminé soit 3e, soit 4e de ma classe. Je me suis engagé au Rallye de Lorraine dans la foulée et cette fois j'avais des slicks d'occasion ! J'ai gagné ma classe et fini 3e du groupe et 19e scratch d'un rallye disputé dans des conditions incroyables en raison du brouillard et de la pluie. Mais tout était incroyable à cette époque. Nous nous élancions le samedi matin de la Place Stanislas à Nancy, nous partions vers les Vosges où nous roulions l'après-midi et la nuit entière, et le dimanche matin vers 8 - 9 heures, nous étions encore en train d'attaquer dans les spéciales des Verrières et de Landécourt. Un Lorraine à cette époque c'était 600 km dont 380 de spéciales ! Aujourd'hui c'est inimaginable.
Mauffrey portrait
C'est un regret ?

Non, ce qui était possible hier ne l'est plus maintenant. D'ailleurs, les rallyes ont évolué dans le bon sens sur certains aspects, par exemple les reconnaissances. A l'époque, tu passais 10 fois dans une spéciale mais si tu apprenais qu'un autre était passé 14 fois, eh bien tu repartais 4 fois ! C'était sans fin. Lorsque j'ai disputé la Coupe R5 GT en 1988, la course démarrait dès les reconnaissances, que nous faisions avec des mulets, donc quasiment des autos de course, et de surcroît avec les pneus slicks usés des courses précédentes ! Tu surveillais déjà tes adversaires. L'intox commençait avant même le départ de la première spéciale. Avec le recul, je me dis que c'était inouï. Le budget, le danger, tout était démesuré. De ce point de vue, les rallyes d'aujourd'hui sont beaucoup plus sereins. Mon seul regret est que leur conception actuelle ne te laisse pas le temps de respirer. Tu arrives sur place, tu cours et tu repars. L'ambiance forcément n'est plus la même, on se voit moins entre pilotes.

Ton envie de gagner est-elle la même qu'à tes débuts ?

Aucun doute là-dessus ! C'est fair-play d'aller serrer la main de celui qui t'a battu mais je peux te dire que quand ça m'arrive, c'est une vraie corvée ! Ceci dit, je me mets dans la peau des autres quand c'est l'inverse. Mais je crois que c'est ça l'esprit de compétition. Si j'ai changé, c'est dans l'analyse de la course et donc dans ma prise de risques que j'estime aujourd'hui être moindre. Ceci ne veut pas dire que je vais moins vite. Je perdrai volontairement quelques dixièmes dans un passage dangereux pour gagner ensuite une seconde pleine dans un enchaînement très technique. On peut appeler ça l'expérience…

Où penses-tu avoir disputé ta meilleure course ?

Je dirais que j'ai été plutôt bon en 2007 et 2008 mais j'ai un peu de mal à retenir une course en particulier. La Finale de la Coupe de France 2007 où je réalise tous les temps scratch n'est pas forcément ma meilleure course mais c'est en tout cas un bon souvenir. Tout comme cet Alsace-Vosges où je me suis bagarré avec Rouillard jusque dans le dernier chrono et où j'ai gagné. D'ailleurs, on a rejoué le même scénario au Limousin, mais cette fois avec Arnaud Augoyard et nous avons gagné pour 4 secondes.

Mais ce sont les années les plus proches de nous. Rien d'intéressant auparavant ? Les années où tu étais à la porte du professionnalisme chez Renault par exemple ?

C'est un peu étrange mais finalement je ne garde pas un bon souvenir de cette époque. Est-ce parce que je n'ai pas fait la carrière que j'espérais ? C'est possible. Avec le recul, je ne suis pas certain que je me serais senti bien chez les pros. J'aime les conditions dans lesquelles je cours aujourd'hui, l'absence de toute pression extérieure, la liberté de monter un programme ou non, de faire ce que je veux. La seule pression qui s'exerce sur moi est celle de ma notoriété et les attentes du public et de mes supporters. Rien à voir avec les contraintes que subissent les pros. Quand je pars faire un rallye, je suis comme un écolier qui part en vacances.

Propos recueillis par Michel Thiriet

La saison d'Eric Mauffrey à suivre sur www.eric-mauffrey.com et sur www.renault-sport.com
 

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