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Heurts et malheurs de la sécurité routière Imprimer Envoyer
SOCIETE - Opinion
Vendredi, 11 Janvier 2019 16:43

A nouvelle année, bonnes résolutions. On aimerait pouvoir dire à propos de la mortalité routière : plus jamais ça. La nature humaine est ainsi faite qu'il y a peu de chances d'échapper à ce bilan tragique.

 

Depuis les premiers jours de 2019, de brigade en commissariat, et jusque dans les ministères, les messages circulent à propos de la santé des flux routiers. « Gilets jaunes » obligent. Mais pas que... Propos à demi-mot, bilan en faux-semblant ? Officiellement on n'en sait rien mais l'enjeu est redoutable puisqu'il s'agit de vie(s) et de mort(s). Et pour cause. Depuis juillet 2018, nos routes sont soumises à un régime très spécial. Rien à voir avec « comme j'aime », sinon pour quelques contempteurs de l'autorité au ras de la visière et de la mobilité au rabais. A dire vrai, rien de nouveau sous le soleil. Cinquante ans après les premiers tests à... 110 km/h, sur les nationales uniquement, nouvelle mise au pas autoritaire. Imaginez 110 avec une 2 CV ! Aujourd'hui c'est 80 km/h pour tous, (presque) partout. Heureux ceux qui ont préservé leur 2 CV, ils sont parfaitement dans l'air du temps. Pour les résultats, c'est une autre histoire. Disons, indigence rare par rapport aux promesses. De la « baisse » de juillet au « net recul » d’août, la Sécurité Routière se devait d'avouer la « hausse » de septembre et du « léger recul » de novembre. Rien de probant par rapport à la baisse continue du premier semestre et au recul quasi continu tout au long de 2017. Rien qui permette d'espérer le sursaut de 300 à 400 vies préservées, en plus, sur une année.

 

Ni plus mal ni moins bien

Le nouveau monde qui nous était promis sur ce point délicat aussi ne semble donc pas pour demain. Il est vrai qu'à employer de bêtes et méchantes formules éculées, il ne fallait guère s'attendre à des miracles. Pire encore, l'arrivée inattendue (?) des « gilets jaunes » n'a fait qu'aggraver la situation. Alors même que ce signe ostentatoire est synonyme de sécurité routière, le gilet fluo serait impliqué, de près ou de loin, dans des accidents ayant provoqué la mort de 12 personnes. Et 2 300 blessés collatéraux ! Ces perturbateurs d'une auto-mobilité bien comprise n'en demandaient pas tant et d'autant moins qu'à l'origine, les porteurs de gilets jaunes ayant élu domicile sur les ronds-points avaient pour ambition de freiner tous nos déplacements, furieux des taxes outrancières frappant les carburants au nom de l'écologie. Les taxes ont été annulées, tardivement, le mouvement piétine. Et la sécurité sur nos routes ne va ni plus mal, ni moins bien. Elle suit simplement une évolution ballottée entre les progrès de nos mécaniques et l'abaissement constant du niveau de formation des candidats au permis de conduire.

 

Permis à point : petite épicerie

La dernière trouvaille des stratèges de la Sécurité Routière est de proposer aux heureux lauréats du permis une session supplémentaire de 7 heures de cours pour bénéficier de tous leurs points dans un délai raccourci d'un an. Après signature d'une « charte de bonne conduite ». On croit rêver ! L’État ne se rend même pas compte qu'en décidant cette mesure il avoue qu'il délivre des permis au rabais. Une vraie petite épicerie dans laquelle, évidemment, tout se monnaie alors que, à l'évidence, plus que l'anglais ou l'allemand, plus que la physique ou les disciplines sportives, le bien se conduire sur la route relève d'un enseignement élémentaire. Au lieu de cela, l’État a institué une formation sur la base de 20 heures de conduite, au minimum, qui avec les frais divers, porte l'ex carton rose au-delà des 1 500 €. Plus qu'un SMIC mensuel ! Avec lui, vous emportez 12 points, ou plutôt 6, le solde ne vous étant attribué que trois ans plus tard si vous avez filé droit. Désormais, avec 7 heures de plus, et quelques billets de banques, vous gagnez 6 points et un an.  

 

Permis forcément probatoire

Au lieu de déterminer une formation initiale la plus complète possible et donc la plus sûre, on préfère bricoler un système sur la base d'un permis qualifié de « probatoire ». C'est tout dire. Près de 20% des permis invalidés à la suite d'infractions relèvent ainsi de cette catégorie ! On connaissait déjà les stages dits de récupération permettant d'abonder de 4 points un capital affaibli par un comportement inapproprié. Voici donc le permis plus, ou moins. Le petit commerce se porte bien puisque les points annulés se chiffrent par millions. Plus de 14 millions en 2017 dont la moitié, il est vrai, à l'unité pour un léger dépassement de la limitation de vitesse.

Cette mécanique étatique déployée grâce à des entreprises privées alors qu'elle prétend défendre l'une des principales grandes causes dites nationales, nous mène vers des bilans dramatiques. Malheureusement, l’État ne veut pas reconnaître ses contradictions, tiraillé entre la volonté de permettre à chacun de tenir un volant, ou un guidon, tout en tirant le meilleur profit (mobilité, taxes, activités, emplois, etc.) et sa contrepartie tragique.

 

Le radar victime expiatoire

En attendant les premiers bilans officiels de cette année 2018, très contrastée, force est de constater que la colère des « gilets jaunes » a pris la route pour appui et ses ronds-points pour exutoires. Dans cette folle sarabande, deux points majeurs de crispation : les radars et les postes de péages. L'addition de ces éléments, au-delà de toutes les savantes analyses socio-économico-politico-et-tuttiquanto, laisse penser que la colère exprimée par les « gilets jaunes » c'est d'abord le rejet du tout-répressif appliqué à la route. L'incroyable décision sur les 80 km/h a servi de détonateur à un cocktail explosif qui macère depuis longtemps. Lever rapidement cette mesure, à laquelle ni le président de la République ni son ministre de l'Intérieur ne croyaient, aurait sans doute apaisé le conflit. La suppression des taxes écolos sur le carburant aurait fait le reste. La moitié, au moins, du parc radar étant vandalisée, le prochain bilan routier nous permettra au moins de savoir si la quasi absence de contrôles en décembre a eu les conséquences funestes que les autorités ne cessent d'agiter devant nos yeux incrédules. Le Grand Duché de Luxembourg qui a récemment cédé à la tentation du radar à tout va termine l'année 2018 avec 35 morts sur ses routes. Onze de plus qu'en 2017 !

 

Bernard Méaux

 
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