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SOCIETE - Opinion
Mercredi, 28 Mars 2018 15:10

Le feuilleton de la voiture autonome se poursuit. Après les déboires de Tesla, Uber et son associé Volvo ont frappé fort : 1 mort.

 

Qui croire ? Que croire ? On nous avait vanté, face aux écarts inacceptables de l'homme (et de la femme ?), l'excellence de la machine dans le dédale de la circulation automobile. Volvo nous a même promis une route « zéro accident » d'ici à 2020. Le rêve s'est transformé en cauchemar il y a quelques jours dans une rue de Tempe, en Arizona. Le logo scandinave d'un véhicule armé par Uber, un peu froissé, projeté sur tous les écrans du monde a fait trembler certaines certitudes. Dans l'attente des conclusions de l'enquête, le premier constat permet de dire à la manière d'une étonnante affaire criminelle française : « Uber m'a tuer ». Il y était déjà un peu question d'automobile, la victime étant l'héritière de l'empire Marchal (feux, bougies, etc.)... Avant de succomber, elle aurait inscrit le nom de son assassin en lettres de sang (« Omar m'a tuer »), faute de grammaire comprise. La victime d'Uber n'en a même pas eu le temps. Mais une vidéo embarquée a tout vu. Le dernier instant d'effroi de la cycliste marchant à côté de son engin et, étonnant contrepoint, la passivité du pseudo-conducteur mandaté par Uber, le taxi sans en avoir l'air. Ce qu'il faudra bien sûr démontrer.

Lever tous les doutes

Bardée de radars et capteurs en tous genre, la Volvo XC 90 choisie par Uber pour mener ses tests en divers points des USA depuis 2016, nous en dira sans doute un peu plus sur les vraies raisons de ce drame. Toujours est-il que toutes les voitures d'essais Uber ont été priées de rester au garage. Toyota a emboîté le pas en suspendant ses propres essais sur la voiture autonome dans l'attente d'un retour d'informations. Pourtant, au fil des millions de kilomètres additionnés par les différents constructeurs sur ce thème, les données s'accumulent. Sans pour autant lever tous les doutes tant les problèmes à régler sont nombreux. Certains en viennent à se demander si Uber n'a pas brûlé les étapes. Quand on sait les moyens déployés par les constructeurs automobiles, très prudents sur ce thème, on peut en effet s'interroger sur l'engagement d'Uber, simple expert intermédiaire dans le transport individualisé. Oui mais pour lui, réussir dans la voiture autonome lui permettrait alors de se passer des chauffeurs, ces empêcheurs de tourner en rond, ceux qui il y a peu en France faisaient grève pour protester contre leurs horaires à rallonge et des salaires de misère.

Zéro accident en 2020

Si le dessein immédiat d'Uber semble assez évident, la démarche de son associé dans cette quête d'autonomie, Volvo, a de quoi étonner. Initiateur de la ceinture de sécurité naguère, concepteur récent d'un système de freinage automatique, Volvo n'est pas du genre à fanfaronner en la matière. Avant de s'engager résolument sur la route de la voiture autonome, Volvo a essayé d'autres pistes. Dès 2008, le constructeur suédois proposait un système, City Safety, capable de stopper automatiquement un véhicule circulant à moins de 30 km/h face à un obstacle. Deux ans plus tard, le système réagissait en présence d'un piéton. En 2013, Volvo traitait de la même façon le cas particulier d'un cycliste. Sûr de son fait, et de plus en plus lucide sur les réelles capacités du premier conducteur venu, Volvo prédisait donc dans la foulée que, dès 2020, ses voitures pourraient prétendre au « zéro accident ». En conséquence, plus de mort ni de blessé. Promesse faite en 2015 au lancement du XC 90, l'un de ses derniers modèles bardés d'équipements électroniques. On ne veut pas croire que lorsque la voiture passe au niveau 5 de l'autonomie, autrement dit sans intervention humaine, ces systèmes-là perdent de leur sensibilité. Ou alors c'est à ne plus rien comprendre.

Le génie français

A l'évidence, les Hommes et les machines ont destin lié pour longtemps encore. Pour que l'auto reste mobile, il faut simplement donner aux uns et autres plus de compétences et d'assurance pour une véritable autonomie. Sur ce point, nos constructeurs nationaux sont d'une grande prudence. PSA et Renault mènent avec application leurs propres expériences mais ils connaissent mieux que quiconque les pouvoirs d'une administration omnisciente. Celle qui a créé la vignette pour les Vieux, les certificats Crit'air et la circulation alternée, le bonus-malus, le permis à points, etc. A défaut de crédits, elle a aussi inventé les séquences à rallonge pour la formation des... trous, les routes nationales à vocation départementale. Autant dire que la voiture autonome aurait fort à faire pour trouver son chemin entre les nids de poule, les bandes effacées et les panneaux de limitation à répétition. Sans oublier des règlements contradictoires et dépassés. Le génie français a trouvé la parade pour relever le défi autrement. Un nouvel apprentissage à la conduite ? Une simplification du code de la route ? Un contrôle « technique » des conducteurs ? Non, bien sûr, pas question de remettre en cause ce bel édifice technocratique alors que pour régler le problème, il suffit... d'abaisser la vitesse à 80 km/h, maximum. Et circulez, il n'y a rien d'autre à voir.

Bernard Méaux

 
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