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Hugues Hazard : salut l’artiste Imprimer Envoyer
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Jeudi, 23 Juin 2011 17:05
Dans le dernier tiers du XXe siècle, on ne disait pas « speed » à tout-va. Lui, ses amis l’appelaient « Tutut ». Bien d’autres aussi.
Sans le connaître personnellement, les anonymes en paquet dans les virages du « Lorraine », dans les épingles de Belleau, guettaient le déboulé de « Tutut » aux commandes de sa Panhard, de sa Facel Vega, de sa Lancia, de sa Mustang, de sa Porsche, de sa BMW.

   Ses clients, attention.

   Les Nancéiens qui poussaient la porte vitrée du 107 boulevard d’Austrasie, ceux qui quittaient l’endroit au volant d’une chuchotante Série 5 ou 7, zéro km au compteur, lui donnaient du « Monsieur Hazard ».

Le concessionnaire plus célèbre que le constructeur

Pendant des décennies, la célébrité d’Hugues Hazard dépassa celle des automobiles qu’il distribuait. BMW, il y avait cru dès le redémarrage du Munichois dans l’automobile. Intuitif, parieur, il avait sauté sur l’Isetta.

   Il s’agissait d’une voiturette monocylindre de circonstance ; construite sous licence, comme le tout premier véhicule à 4 roues de la marque : la BMW Dixi de 1928. C’était en réalité le clone germanique de l’Austin Seven de l’époque.

   A l’Isetta de la fin des années 1950 succédèrent les BMW refondatrices. La 700 (1959-65) à moteur arrière, un bicylindre de moto. Puis, prophétique en 1961, la berline 1500 4 cylindres.

   Les modèles suivants, 1800 et 2000, se prêtèrent à de si retentissantes déclinaisons qu’elles suffirent à restaurer le mythe BMW de l’entre-deux guerres. Ces dévastatrices ? La 1800 TI, la 2000 tii (1970), la 2002 turbo (1973).

   Dès ces années-là, et jusque 2,5 décennies plus tard, les Nancéiens en position d’achat d’une automobile au-dessus du lot ne se rendirent pas chez BMW. Ils allèrent chez Hazard.

   Sans doute les temps se prêtaient-ils à cette primauté du concessionnaire à l’heure de changer de voiture. Pendant que des acheteurs se garaient non pas devant chez BMW mais devant chez Hazard, d’autres tentés par une Ford montaient chez Sainpy.

Les clients de pères en fils

Cas d’école de cette hyper personnalisation du contact et de la transaction : la saga Arduini. Le père avait débuté à Pont-à-Mousson comme agent Ford. S’installant à Nancy, rue de la Garenne, il allait arborer successivement les panonceaux DAF, Honda, Saab.

   Après avoir pris le relais, ses héritiers signèrent avec Nissan. Evoquant le parcours du pionnier, les Arduini juniors confiaient : « Des gens lui achetaient leur voiture de pères en fils. Peu leur importait la marque qu’il distribuait, ils venaient chez Arduini ».

   Hugues Hazard n’a pas fait que surfer sur les mœurs. Le personnage cumulait les atouts qui rendent inoubliable. Un regard pénétrant, mobile ; une présence ; une vivacité à capter, à comprendre, à résumer une situation. Tout à fleur de peau : l’entrain, l’impatience, la cordialité, le goût de la blague. Un humour au quart de tour. Le vrai, qui inclut l’élégance de se moquer de soi.

   Au début d’octobre, s’installait place Carnot à Nancy une sorte de Salon de l’automobile d’occasion. Page spéciale dans L’Est Républicain le jour de l’ouverture. Une année mémorable, le publi-reportage décrivant l’événement débuta par cette forme d’acte manqué : « On n’achète pas une voiture d’occasion au hasard ».

   Le coup de sang redouté n’eut pas lieu. « Tutut » avait ri le premier.

Diagnostic-éclair

Vic Dial, patron de Ford France de 1973 à 1980, aimait citer la déclamation dans les micros de Henry Ford II s’adressant aux concessionnaires de la marque à travers le monde. En substance : « La Ford Motor Company n’oublie pas ce qu’elle doit à la poignée de main échangée par chacun de vous avec l’acheteur d’une Ford ».

   Les mains d’Hugues Hazard, sa poignée de main, renvoyaient au temps des forgerons. Massives, rapides, spontanées. Au client, mais occasionnellement au quidam de passage, il réservait un accueil pétillant. Il avait le champagne coutumier : la bouteille et les coupes à portée dans son bureau.

   Au Wagon de Martin Charbon, sa cantine du midi, la conversation à sa table ne risquait pas de fléchir et tourner court. L’automobile, il la connaissait, la devinait, anticipait son comportement sur le bitume et ses fluctuations sur le marché. Sa science ne devait apparemment rien aux livres, magazines et discours. Il maîtrisait le sujet façon dompteur. Observation, instinct, diagnostic-éclair.

   Aux temps de la demande supérieure à l’offre, les constructeurs maintinrent leur investissement publicitaire. Hugues Hazard les imita.

A la question : « Pourquoi dépenser tant d’argent à ameuter le client alors que vous manquez de voitures ? » Jean Boillot, bras droit de Jacques Calvet à la tête de Peugeot, se réfugiait dans cette boutade : « Que voulez-vous, cette époque est folle ». Hazard expliquait : « Je continue à faire ma publicité parce que les concurrents font la leur. Si j’arrêtais, les clients m’oublieraient ».

« Ils tournent les boutons du poste »

Erik Carlson, le pilote au palmarès ébouriffant sur Saab 96 (Monte Carlo 1962, RAC 1960-61-62) avouait sa perplexité à l’égard d’une autre traction avant côtoyée en rallye. La DS Citroën. Il l’avait prise en mains sans suite. « Je ne comprends pas bien cette voiture » maugréait-il.

   « Tutut » parlait rarement de la DS si éloignée de « ses » BMW. Mais il avait assouvi sa curiosité, il l’avait expérimentée. Son verdict condensé : « La DS ? Elle ne se conduit pas comme les autres. Sensible, la direction. Mais c’est simple, il suffit de ne pas tourner le volant ».

   Rien de ce qui roule avec moteur ne l’indifférait ni ne lui résistait. Une connivence le liait à l’automobile. Bien avant l’apparition de l’X5 dans la gamme BMW au printemps 2000, il avait exploré le 4x4 et ses capacités de franchissement. Y compris en compétition.

    Les voitures de « sa » marque, qu’il faisait marcher très fort, il les définissait à sa façon. Pas par rapport au chronomètre. « Une BMW se distingue par sa durabilité, tranchait-il. De toutes parts, elle se maintient en l’état. Voilà sa spécificité ».

   Sous le propos abrupt, il se trouvait loin de sous-estimer le contenu des modèles acheminés chez lui de Munich. « Dans un Salon de l’automobile, dans un hall d’exposition, avez-vous remarqué ce que les visiteurs font une fois la portière ouverte ? Ils s’installent et tournent les boutons du poste. Bizarre, hein, quand on pense à ce que les ingénieurs mettent dans une BMW ».

Pirouette devant l’étable

Dans le baquet de droite d’une de ses voitures en fin de préparation pour le rallye, pour le circuit ou pour la course de côte, lui au volant, le spectacle ne manquait pas. Derrière les vitres, les arbres filaient à toute allure. Les départementales tortueuses n’appelaient de sa part les gestes minimaux. Sa main droite s’abattait sur le pommeau des vitesses ne laissait à la boîte aucun répit.

   Cabotiner, il ne détestait pas.

   Dans une cour de ferme investie en trombe, à l’évidence connue de lui, le frein à main tiré-relâché inversait d’un coup le sens de la marche. A la faveur du tapis sombre, mou, répandu devant l’étable - boue ou bouse de vache ? - la BMW de course exécutait sur ses ordres une pirouette pour repartir dans ses traces. En ligne.

  Dans la tristesse aujourd’hui la famille, particulièrement Jean-Hug et les nombreux petits-enfants d’Hugues Hazard, ne peuvent que se féliciter d’avoir appris d’un tel artiste l’automobile, la route, le pilotage. La vie.  

Dominique Faivre-Duboz
 

Commentaires 

 
#1 JAN HUG 2011-06-23 23:20 Si je pouvais rajouter une chose a cet hommage magnifique de mon papa, je dirais générosité.
Combien de personnes mon père a pu aider ou conseiller?
Je suis très fier, triste d'avoir perdu mon guide, mais tellement soulagé par les témoignages de ses amis
Merci Dominique de réveiller tous ces bons souvenirs
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