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Le gilet jaune en marche Imprimer Envoyer
SOCIETE - ACTUALITE
Lundi, 12 Novembre 2018 15:53

Les prix flambent, le Malus s'emballe, la vitesse s'effondre, les slogans claquent, les prunes tombent alors le gilet jaune s'impose comme l'ultime rempart à la sortie de route. Ça mobilise sur internet !

 

Les bonnets rouges de Bretons en colère avaient eu raison de l'écotaxe si peu chère aux yeux de Madame Royal, mais le char de l’État n'allait pas pour autant s'arrêter en chemin. Certains routiers refusaient le passage payant sous les portiques ? Qu'à cela ne tienne, ce sont tous les usagers français motorisés qui compenseront. Ils compensent déjà depuis plusieurs mois par le truchement des augmentations des taxes sur les carburants, le gazole en particulier. Et ce n'est pas fini puisque, dès janvier 2019, l'augmentation du gazole se montera à 6,5 centimes par litre, l'essence à 2,9 centimes. Ce qui s'ajoute aux augmentations déjà pratiquées en 2018 (respectivement 7,5 et 3,0 centimes par litre). Le tout sur fond d'augmentation du pétrole brut, ça décoiffe. Le litre de gazole est ainsi passé en un an, allègrement, de 1,20 à 1,50 €, environ.. Le tout sous couvert d'une démarche écologique urgente. Il faut sauver la planète !


Motivations confuses

Louable intention que cette volonté française de moins consommer et donc de moins polluer. Ne pratique t-on pas de même avec le tabac ? A quelques détails techniques près. On nous avait pourtant vanté les qualités du moteur diesel qui consomme du gazole. Moins gourmand donc forcément moins polluant, il avait même l'avantage d'émettre moins de dioxyde de carbone (CO2), ce fameux gaz à effet de serre, réputé coupable du réchauffement de la planète. La plus belle preuve nous était livrée, depuis 2008, avec le redoutable malus écologique, toujours en vigueur et, à puissance égale, presque toujours favorable au moteur diesel. Un malus qui peut grimper jusqu'à 10 500 euros ! L'Union européenne, dans sa grande sagesse (!), n'agissait pas autrement en soumettant les constructeurs à des quotas de CO2 de plus en plus drastiques, jusqu'à 95 grammes au kilomètre d'ici à 2022. Autant dire que ce soudain revirement sur le gazole relève de motivations pour le moins confuses, en tout cas incompréhensibles aux yeux du plus grand nombre. Ajoutez-y un grand chambardement des normes qui passent de NEDC en WLPT pour mieux enfumer le quidam motorisé.


La théorie du complot

Une telle flambée des prix a naturellement engendré un vent de fronde, très vite relayé par les réseaux sociaux. L'idée d'une grande journée de protestation le 17 novembre a pris corps, soutenue par l'excellente idée du gilet de sécurité, jaune de préférence, réfléchissant, évidemment, exhibé sous le pare-brise. Tel un carton jaune à la mode routière. On en aurait même vu dans des véhicules de Gendarmerie... Une révolte ? Assurément. Pas (encore) une révolution mais le poids des taxes et des impôts commence sérieusement à irriter une population qui ne peut guère se passer de son auto. Voudrait-on se débarrasser de celle-ci comme on cherche à se débarrasser du tabac ? C'est une thèse assez largement soutenue. Tout converge en effet vers cette extrémité. Les villes qui se referment, les taxes qui augmentent, le contrôle technique de plus en plus compliqué. La vitesse limitée et l'excès lourdement réprimé. Et jusqu'à l'immatriculation des véhicules que l’État abandonne au bon vouloir de systèmes informatiques tatillons et de zélés marchands de services. De là à penser à un véritable complot d’État, il n'y a qu'un pas allègrement franchi au comptoir du café du commerce ou ce qui en tient lieu sur internet. Emmanuelle Wargon, la secrétaire d’État à l'écologie s'est même cru obligée de nier « tout complot du gouvernement contre la voiture ». Peut-être pas, mais à coup sûr une attaque en règle.


On menace, on verbalise

Cette ambiance lourde n'a pas encore franchement affecté le commerce automobile mais là aussi la pression s'intensifie. Ici on est prié de prendre un vélo, là on invite, comme récemment sur l'agglomération messine, à se passer de sa voiture pendant un mois. Partout on limite, 80 sur route, 30 en ville, on interdit, on menace, on verbalise. L'étau se resserre sur les constructeurs priés de consentir des remises et les pétroliers invités à serrer les marges. Autant d'idées qui invitent à donner d'une main pour mieux retenir de l'autre. La conséquence s'imposera tôt ou tard avec la fermeture des usines de production et la fin des réseaux commerciaux. Ford, qui ferme son usine française de Blanquefort, n'annonce t-il pas qu'il va construire des... trottinettes électriques ? Pour mieux comprendre ces évolutions économiques mal appréhendées, souvenons-nous de l'autorisation accordée à la grande distribution de vendre les carburants. Des milliers d'emploi ont été sacrifiés, des centaines de stations-service locales ayant fermé leurs portes. Oublié le service et seule l'arrivée des pompes à paiement informatique nous a permis d'éviter la panne sèche dominicale. Pour gagner quoi ? La quête souvent illusoire du meilleur prix, des kilomètres inutiles et des pleins à contretemps.


Stigmates anxiogènes et coûteux

L'abandon, ou le report sans fin, de grands projets routiers faute d'une vraie conscience politique, utilise les mêmes ressorts. La seule région Grand Est en porte les stigmates quotidiens, anxiogènes et coûteux. Ils ont pour nom Écotaxe, ses 200 emplois supprimés à Metz, ses milliards d'euros évaporés et ses portiques accusateurs ; A32, la l'ex-future autoroute concédée entre Toul et le Luxembourg qui devait absorber le transit nord-sud international, enterrée en 2010 ; A31bis, la misérable roue de secours de l'A32 qui patine toujours ; le contournement de Strasbourg, etc. Comment s'étonner alors de cette colère qui monte ? Sans doute est-elle à la hauteur des espérances que le président Macron avait fait naître.

Aux quelques questions posées sur ce thème de la route, en lieu et place des usines à gaz montées entre Élysée et Matignon, certaines réponses simples s'imposent. Ainsi du prix des carburants. Les taxes dépassant les 60%, un tarif national unique s'impose. Le Grand-Duché se fera un plaisir de nous céder son mode de calcul. Ce prix maximum imposé aurait, au minimum, le mérite d'étouffer dans l’œuf d'inadmissibles et racoleuses campagnes publicitaires énergivores des grandes surfaces. Ainsi du permis de conduire, autre polémique naissante. L'ex-carton rose, un diplôme d’État tout de même, ayant apporté la preuve mortelle de sa valeur très approximative, il est temps d'en reprendre tous les fondements avec utilisation massive de simulateurs de conduite et visite médicale périodique. Les 80 km/h ? Une péripétie malheureuse qu'il est urgent d'évacuer à la faveur de la création d'un véritable code de la route européen.

En attendant ces temps nouveaux, la route apparaît plus que jamais comme terrain de conflits alors qu'elle se veut outil de mobilité et de communication. En cas de danger potentiel, il est donc bien normal d'enfiler son gilet de sécurité. Jaune de préférence.


Bernard Méaux

 

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