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80 km/h au lieu de 90 : « Mobilité » disent-ils Imprimer Envoyer
SOCIETE - ACTUALITE
Mercredi, 23 Mai 2018 16:38

Evasion, voyage, transport, déplacement, trafic, circulation, dodo-boulot, tourisme, circuit, virée, balade, périple, liaison, démarrer, partir : n’en plus parler. C’était avant. Un mot, un seul, contient les 100 nuances de « aller là-bas ». C’est nouveau.


Limitation-80-photo1Le 1er juillet, le panneau de droite effacera l’autre sur 400 000 km de routes bidirectionnelles. A moins d’un surhumain rétropédalage du Premier Ministre.

 

Mobilité, voilà le terme magique. Plus vieux que le français puisqu’il vient du latin, mais remis à neuf, le substantif fait des bonds.
 
   Pas vraiment palpable mais imminente, juré, la néo-mobilité s’assortit, dans les écrits et discours contemporains, d’une promesse de jubilation durable. A croire que le concept implique éradication de l’embouteillage, désengorgement des mégapoles, abolition de la loterie du stationnement, disparition de l’accident.

   De quelles manières ? Choquante question. Se demande-t-on comment opèrent les gris-gris ?


Redoubler d’attention sur le compteur

   Dans l’immédiat, les signes avant-coureurs font cruellement défaut. Pas plus tard que le 1er juillet, et pour deux ans minimum, la mobilité vécue, ressentie, régressera.
   Les parcours sur le réseau secondaire prendront plus de temps. Sur 400 000 km environ d’itinéraires à deux voies, les automobilistes devront redoubler d’attention non pas sur la route mais sur le compteur.

  80 km/h autorisés au lieu de 90 : s’y conformer réclamera patience et persévérance. Une fois la nouvelle limitation intégrée, le conducteur moins sollicité, moins dynamique, devra se préoccuper de demeurer sur le qui-vive.

   L’autre danger viendra des camions. Rouler à leur vitesse, les suivre n’infligent pas que désœuvrement aux commandes et frustration. Le gabarit du bahut fait écran. L’automobiliste qui s’attarde dans le sillage encourt la panne d’anticipation.


Limitation-80-Photo2Sur itinéraires à deux voies, la grande aiguille de droite devra se maintenir un cran plus bas.


Résultats hardiment pré calculés

   Paradoxe : c’est une amélioration de la sécurité qu’attendent les instigateurs du ralentissement sur 400 000 km de routes secondaires. Le gain espéré, ils l’ont chiffré. Le flux de véhicules bridé à 80 km/h « rapportera », selon eux, 350 à 400 vies épargnées sur les deux ans de l’expérience. Dans la fable à valeur de parabole, Perrette, son pot au lait sur la tête, avait aussi parié sur l’avenir. Hardiment et patatras.  
   D’autres calculs fleurissent en haut-lieu. Sur la base du parcours moyen accompli chaque jour (statistiquement 40 km), il n’y aurait qu’avantages à retirer. Baisse de la dépense de carburant : 120 €/an ; CO2 réduit de 30 g/km.

   Les projections intègrent-elles les futurs paramètres du trafic ? Pour telle distance à 80 km/h maximum, les moteurs tourneront premièrement plus longtemps, deuxièmement à des régimes éventuellement plus élevés.

   Pas plus convaincante, l’estimation claironnée des pertes de temps imputables au passage de 90 à 80 km/h : 50 secondes sur un déplacement de 11 km ; 2 minutes sur 25 km ; 3 minutes 20 secondes sur 41 km. Trop beau. Mais à quelle heure de la journée ? Mais à combien de véhicules/minute sur le tronçon ?


Laisser faire la démocratie

   Irrite par-dessus tout, la généralisation aveugle et sourde du 80 sur le réseau secondaire. Aucune prise en considération des différences de profil, de revêtement, de fréquentation d’une région à l’autre, d’une départementale à l’autre.

   Vent debout, des députés, des sénateurs, des présidents d’instances départementales et régionales, des associations de conducteurs et de motards, rament pour une limitation modulée. Inspirée par les conditions locales, décidée par des représentants familiers des routes du cru et à l’écoute des automobilistes du coin.

   L’offensive reste vaine à ce jour.

   Il aurait suffi, il suffisait, il suffirait de laisser faire la démocratie.

Dominique Faivre-Duboz

 

Espagne : le dernier mot aux gestionnaires des routes

En Espagne, les « routes traditionnelles » limitées à 100 km/h pourraient passer à 90. La Direction Générale du Trafic (DGT) et la Sécurité routière en étudient l’éventualité. La mesure complèterait la loi sur la circulation des véhicules. L’application n’incomberait pas pour autant au seul pouvoir central.   
 
    Gregorio Serrano, directeur général de la DGT résume ainsi l’état du projet : « Nous nous orientons vers une légère diminution de la vitesse sur les routes traditionnelles, avec la possibilité pour les gestionnaires de ces voies de l’augmenter si le tracé est sûr et si la chaussée est bien conservée ».

Danemark : « A 80 km/h, cet accident n’aurait pas eu lieu »

Plat pays de 5,7 millions d’habitants (11 fois moins qu’en France) desservis par 73 000 km de route dont 1182 d’autoroutes (10 fois moins qu’en France), le Danemark règlemente la circulation à 80 km/h hors autoroutes.

   De 2011 à 2014, les automobilistes ont pu rouler à 90 km/h sur 100 km de nationales. Bilan : moins d’accidents et moins de blessés qu’au cours des 3 années antérieures. Mais rien de concluant. Pendant l’expérimentation, le tronçon impliqué avait bénéficié d’améliorations substantielles chiffrées à 6500 €/km. Les chantiers avaient réduit, voire ralenti le trafic.   

   Sur les routes bidirectionnelles, le Conseil de la Sécurité routière danoise ne lâche pas le conducteur. Ses slogans disent : « Si vous roulez à 93 km/h au lieu de 80, vous doublez le risque d’accident mortel » ; « A 80 km/h, cet accident n’aurait pas eu lieu ».

   A se demander s’il reste dans le pays d’à-côté une seule automobile jamais passée chez le carrossier. Champions de la mobilité, les Allemands happent bitume à 100 km/h jour après jour. Sans reproche. Sur l’autoroute, ils poussent le compteur de leurs Porsche à facilement 2,5 fois cette vitesse.

 

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