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On savait la politique française de sécurité routière faite de sentences façonnées au gré des humeurs ministérielles et préfectorales. Aujourd'hui on atteint des sommets avec l'imbroglio des radars en folie.
Quel gâchis ! Les premiers radars dits pédagogiques à peine installés sur les autoroutes qu'il faut déjà les remplacer. A 10 000 euros pièce, ceux qui nous gouvernent ont acheté des engins électroniques tout juste bons à faire joli à l'entrée de nos villes et de nos villages. Nos stratèges n'avaient pas encore pris conscience des différences entre une autoroute à deux ou trois voies et une route ordinaire malgré un prix multiplié par quatre en quelques semaines. Ceux qui fabriquent ces radars simplement informatifs se sont évidemment bien gardés de fournir les précisions utiles au bon fonctionnement de leur bijou. On ne crache pas sur le pactole promis puisque l’État dans sa grande bonté avait imaginé d'en installer 4 000 sur tout le territoire d'ici à fin 2012. Un immense déploiement improvisé juste pour réparer la gaffe du ministre Guéant, soucieux de démanteler tous les panneaux annonçant les vrais radars, ceux qui flashent et qui encaissent la monnaie dans les 48 heures chrono. Avouez qu'en temps de rigueur pour déficit budgétaire abyssal, ça fait désordre. Délire électronique sur l'A31Depuis quelques années, nos maires en raffolent. Après la folie des feux tricolores dès qu'un carrefour prenait de l'importance, puis celle des ronds-points, était donc venu le temps du gadget électronique. Ça ne mange pas de pain, ça donne des couleurs aux entrées d'agglomération, souvent tristes, et ça aide un peu le quidam pressé à mieux situer son niveau. Quitte à susciter des concours de records imbéciles... Or donc, on imagine que la source locale commençant à se tarir, les zélateurs du radar pédagogiques ont su sonner aux bonnes portes pour placer leur marchandise. Les premiers engins accrochés en Lorraine sur l'A31, à l'entrée de Metz sur la zone outrageusement frappée d'un 90 avaient surpris au cœur de l'été. Un machin tout bête qui virait vite au rouge annonçant la congestion imminente des circuits électroniques. Ce qui bien sûr arriva. Dans le même temps, 109 appareils identiques venaient égayer certaines voies routières de 51 départements. Au total, avant fin septembre, 200 installations étaient programmées pour accompagner l'un ou l'autre des 1 952 radars fixes qui bornent la politique de sécurité routière de la France. Et chacun sait, selon le mot fameux, que lorsqu'on dépasse les bornes, il n'y a plus de limite... De là à appliquer l'adage au nouveau plan radar made in France, il y a un pas que de nombreux citoyens responsables considèrent comme franchi. Car l'affaire ne fait que commencer. Environ 2 000 radars fixes doivent encore être installés avec, conséquence inévitable des promesses ministérielles, la mise en place de 4 000 radars pédagogiques. Le téléphone d'urgence toujours en panneEt pendant que nos ministres s'amusent avec des gadgets électroniques, les vrais problèmes subsistent sur le terrain. Le plus injurieux au plus élémentaire bon sens s'impose aux yeux de tous depuis plusieurs mois. L'A31 dans sa partie nord non concédée, entre Nancy et le Luxembourg, ne dispose en effet plus de la moindre borne téléphonique d'urgence. Tous les deux kilomètres, on peut voir un élégant capuchon jaune frappé des lettres « H.S » couvrant pudiquement un objet... sans objet. L’État, faute de moyens, a décidé de ne pas réparer le réseau. Plus grave, aucun message d'alerte, aucune indication sur la marche à suivre. En cas de malheur ou de simple panne, il reste à espérer que vous avez un portable GSM pour composer le 112 et tenter de vous localiser avec des repères visuels pour ne pas attendre trop longtemps. Dans le même temps, des sociétés autoroutières comme APRR ont développé une application spécifique « borne d'appel » pour votre téléphone. Tout en maintenant en service son réseau de bornes d'urgence. Ca ne marche bien sûr que là où il y a péage. L'incroyable accord du 29 juilletCes fantaisies estivales ne doivent pas pour autant faire oublier la pièce maîtresse de cette affaire. Car non seulement le ministre de l'Intérieur a décidé de supprimer les panneaux signalant les radars mais il voulait également faire taire tous les engins embarqués signalant les menaces probables et avérées. Sus au coyote ! Premier visé en effet le réseau d'alerte des abonnés au système du même nom. Lui et tous les membres de l’Association Française des Fournisseurs et utilisateurs de Technologies d’Aide à la Conduite (AFFTAC). Branle-bas de combat à la veille des grands départs et finalement rédaction d'un protocole d’accord en date du 29 juillet. Incroyable accord !
On observe d'abord que l'avertisseur de radar vilipendé devient « outil d’aide à la conduite ». Belle promotion. En contrepartie, l'engin est prié de ne plus signaler les radars mais seulement « les sections de voies dangereuses » et « les points de danger précis ». Merveille des merveilles, ce sont les services de l’État qui fourniront les « données accidentogènes ». Plus encore, les usagers eux-mêmes pourront formuler un signalement sur leur réseau... De qui, de quoi ? Un virage un peu sec, un ralentissement nerveux ou un képi en balade ? Et dans son impitoyable énoncé, l'accord précise que les sections en question, comprises entre 300 et 4 000 mètres (!), selon le terrain, peuvent être des passages à niveau, une chaussée rétrécie, un virage, des travaux, etc. J'avais jusqu'alors la naïveté de croire que l’État plantait des panneaux ici et là, le plus souvent en forme de triangle, pour avertir de tous ces dangers potentiels.
Le code en révision
En trois coups de cuiller à pot, à la faveur d'un pataquès ministériel, la France se voit ainsi dotée d'un nouveau code de la route façonné au gré des pérégrinations des usagers. Ce n'est donc plus la puissance publique dans sa grande sagesse qui dit la vérité, c'est vous et moi, en fonction de nos sensibilités, de nos perceptions et sensations. En d'autres termes, l’État s'en lave les mains et reporte sur l'usager la détection des « points de danger précis ». Quant aux « sections de voies dangereuses », se contenter de les signaler témoigne d'une belle indifférence vis à vis de la sécurité routière. Connues et reconnues, si nos vies et notre santé sont si importants au bien de la Nation, ces zones accidentogènes auraient déjà dû être effacées. A ce traitement vital, les gouvernements successifs préfèrent une version moderne de la course à l'échalote. On pose un radar sur un secteur présumé dangereux et, forcément, il va rapporter de l'argent. On jure alors que le produit des amendes va financer un autre radar pour nous protéger d'une autre zone dangereuse. Et ainsi de suite. Sur un an, actuellement, le système génère environ 500 millions d'euros de recettes. Près de la moitié fait tourner la machine, le reste améliore l'ordinaire des caisses publiques. Comprenez qu'il n'est vraiment pas question de tuer la poule aux œufs d'or. Quelques plumes et une pédagogie sommaire suffisent.
Bernard Méaux |