HOME SOCIETE SECURITE Radars (suite) : le joli mois de mai !
Radars (suite) : le joli mois de mai ! Imprimer Envoyer
SOCIETE - SECURITE
Mercredi, 22 Juin 2011 15:44
Avec 317 morts et 2 611 blessés hospitalisés, le bilan des accidents de la route en mai en France n'est pas spécialement glorieux. En haut-lieu, on s'en félicite car c'est mieux qu'en 2010. Pourtant le nombre de collisions a grimpé de 4,6%. Vivement juin, juillet, août...

On allait voir ce qu'on allait voir... Puisque les Français ne voulaient rien comprendre à la politique de sécurité routière mitonnée aux petits oignons pour leur plus grand bien, ils bénéficieraient encore du régime du flash arbitraire, de la vitesse au rabais et de l'amende à la hausse.

Au délirant chassé-croisé de déclarations inattendues alimenté par un vent de fronde parlementaire avait suivi une spectaculaire démonstration gouvernementale sur l'art et la manière d'informer le bon peuple... en démontant des panneaux édifiés naguère « pour notre sécurité ». Les préfets ont aussitôt sorti leur boîte à outil pour démonter ces affreux panneaux. En Lorraine, l'opération a débuté le 15 juin. La grande manipulation bat son plein.

Incorrigibles Français !

On notera ainsi avec quelle rapidité l’État a su dégager des moyens, financiers et humains, pour effacer du paysage ce qui était hier une pièce essentielle du dispositif de sécurité routière. Par chance, dans un sursaut, peut être électoral, ceux qui nous gouvernent ont compris qu'il fallait ménager la chèvre et le chou. D'où l'idée des radars dits pédagogiques, les autres n'étant donc que des tirelires et des pièges à permis. Ces radars vont fleurir on ne sait trop où ni comment, mais il y en aura 2 200 d'ici à la fin de l'année. A 2 500 euros pièce, environ. De nombreuses municipalités usent déjà du système repris par le ministre Guéant. Bonne et intéressante idée qui permet de se situer dans l'espace vitesse-temps sans quitter la route des yeux. Non sans surprise d'ailleurs. Il apparaît ainsi qu'un « 50 » tout rond au compteur digital de tel véhicule devient ici 46 km/h et là 49... Quant on sait que le radar-justicier, lui, frappe au kilomètre-heure près, on comprend l'importance de l'enjeu.

Cherchez l’erreur

L'affaire était donc entendue, ces incorrigibles Français allaient payer leur inconscience. Nous tous, avertis et sermonnés comme il se doit, nous nous acheminions, penauds mais enfin prudents, vers un zéro défaut. Malheureusement et sans doute la faute à pas de chance, ce revirement supposé de nos comportements s'est traduit par un bilan catastrophique en mai. Le nombre d'accidents corporels a en effet augmenté de 4,6 % par rapport à mai 2010. Cherchez l'erreur ! Plus d'accidents, en effet, mais moins de morts (317 contre 336) et moins de blessés (2 617 contre 2 784). Et certains de brandir ces chiffres comme des bannières victorieuses sur la vitesse terrassée. Il s'agit en vérité de la preuve évidente qu'on ne construit pas une politique de sécurité routière sur le nombre de morts. Encore moins sur une limitation arbitraire et systématique de la vitesse. En France, si.

Tuer le mobile

Plus sobrement à propos de ce dernier bilan, la Sécurité Routière, organe gouvernemental, préfère indiquer : « cette évolution pouvant être liée, pour partie, à une baisse de la vitesse moyenne. » Quelle prudence, inaccoutumée, dans le propos officiel ! Sans doute pour ne pas raviver les gaffes du mois précédent durant lequel, pourtant, le nombre d'accidents de la circulation avait baissé de 2% démontrant, une fois de plus, que le nombre de morts n'a pas de lien systématique avec le nombre d'accidents. Tout comme un seul accident aérien peut provoquer la mort de 150 ou de deux personnes selon la taille de l'avion. Cette constatation permet de comprendre pourquoi la Prévention Routière n'enregistre aucun mort à moto chez... les plus de 75 ans et chez les moins de 15 ans. Élémentaire.

Infantiliser et culpabiliser

L'analyse permet également de constater que la France n'est pas la mauvaise élève de l'Europe mobile. Notre pays est simplement un carrefour au centre de l'Europe occidentale. Un beau pays qui attire 70 millions de touristes par an. Un très bel axe sur la route des vacances entre le nord et le sud. Un passage obligé pour de nombreux routiers. Pour aller de Hambourg à Madrid ou de Sarrebruck à Barcelone, quoi de plus naturel que de passer par la France. Le détour par Newcastle ou Birmingham est plus exceptionnel... Autant de points que nos ministres ont tendance à oublier à l'heure des bilans pour mieux fustiger les seuls automobilistes français. Quel authentique responsable nous libèrera de cette politique qui infantilise et culpabilise une très large majorité de Français pour tenter de contrer les agissements d'une infime minorité ? A force de chasser l'automobiliste, on finira par tuer l'automobile, son industrie créative, florissante et ses 2 millions d'emplois.  

Le permis de bien se conduire

Les manifestations de ce dernier week-end ont traduit, sans doute imparfaitement, ce ras-le-bol généralisé. Même si l'association 40 millions d'automobilistes était dans le coup avec quelques autres protestataires, une fois de plus, les motards ont été souvent à l'initiative, ce qui n'est pas forcément la meilleure des choses. A vouloir remonter les files au mépris du marquage au sol, à vouloir s'imposer au feu tricolore, à vouloir occuper la chaussée en groupe, ils ne plaident pas toujours pour une conduite apaisée et responsable.

Mais le comportement de certains automobilistes n'en est pas pour autant exemplaire. Il nous faudra penser tous ensemble. Quelques pistes s'imposent pour une automobile agréable et utile dans une circulation routière raisonnée et contre une politique à la petite semaine, où l'émotionnel l'emporte sur le raisonnable :

-    Création d'un vrai permis de bien se conduire.
-    Institution du contrôle périodique des aptitudes et des connaissances.
-    Suppression des limitations systématiques, arbitraires et contradictoires de la vitesse.
-    Création de comités consultatifs usagers-citoyens pour la signalisation et l'état des routes.
-    Allègement des péages autoroutiers.
  
D'autres mesures s'imposeraient évidemment pour qu'enfin cesse le petit jeu qui nous invite à dépenser beaucoup d'argent pour une voiture  qui devrait rouler le moins vite et le moins souvent possible. On aimerait enfin qu'on nous explique au nom de quoi et de qui « moins de 3 000 morts », nouvel objectif officiel, serait plus ou mieux tolérable... Chaque accident mortel est forcément intolérable.

Bernard Méaux
 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

Bannière
AddThis Social Bookmark Button