HOME RETRO RETRO SPORTS Jan-Hug Hazard : il a conduit beaucoup de voitures, et surtout une BMW M3
Jan-Hug Hazard : il a conduit beaucoup de voitures, et surtout une BMW M3 Imprimer Envoyer
SPORTS - RETRO SPORTS
Mercredi, 25 Août 2010 15:29

Parmi toutes celles que Jan-Hug Hazard a pilotées, la BMW M3 est la voiture qui lui a offert ses plus belles années. A son volant, le Nancéien a fait bon usage du stress qui l’a accompagné durant toute sa carrière.


Un nuage de poussière au parc de regroupement du Rallye de la Plaine le 7 août 2010. Ce n’est pas une nouvelle éruption du volcan Eyjafjöll, c’est Jan-Hug Hazard qui joue avec sa BMW M3. Invité par l’ASA Mirecourt à ouvrir son rallye, le Nancéien s’amuse beaucoup. Il rajeunit de 20 ans chaque fois qu’il se retrouve dans le baquet de cette voiture qui, de toutes celles qu’il a conduites, reste sa préférée, celle, dit-il, qui se prêtait le mieux à son style de pilotage et qui « l’a fait le plus vibrer » grâce à « son caractère rageur ».

Débuts fracassants

Avec son fort tempérament et son brio, la M3 ressemblait en définitive à son pilote. « A mes débuts j’étais un vrai fou furieux » avoue Jan-Hug Hazard, preuves à l’appui. En 1971, trop généreux avec la Formule France offerte par son père, Hugues Hazard, concessionnaire BMW à Nancy, lui-même pilote de rallyes et de courses de côtes, il détruit une première fois cette voiture sur le circuit du Mas du Clos en s’entraînant, puis une deuxième fois à la course de côte du Ballon d’Alsace lors d’une montée de reconnaissance après avoir accroché une Alpine qui venait en sens inverse. Naturellement, Hazard père, qui est engagé sur une Porsche 910 dans la même épreuve, goûte assez peu la plaisanterie. Il pousse donc un gros ouf de soulagement en voyant son fils prouver qu’il est aussi capable de rester sur la route. Jan-Hug le fait d’ailleurs de manière spectaculaire en amenant une BMW 1600 ti à une retentissante 3e place scratch au Rallye de Printemps derrière Francis Roussely et Gérard Sainpy, puis en signant une victoire aussi inattendue que rocambolesque lors de l’épreuve d’ouverture de la Coupe NSU au Mans (voir développement ci-dessous).

Six tonneaux à Remiremont

Très vite donc, le coup de volant de Jan-Hug Hazard est remarqué, si bien qu’il est retenu pour participer aux sélections du Volant Antar-Filipinetti au Castellet. Là, il décroche une saison complète de circuit sur une Fiat 128 qu’il pilote durant l’année 73 dans des conditions de pro. « On m’apportait la voiture, je n’avais plus qu’à rouler » se souvient le pilote dont l’expérience en circuit s’achève toutefois prématurément en raison du décès de Georges Filipinetti et de la dissolution de l’écurie. Dommage car le Nancéien, à ses dires, « s’amuse beaucoup ». Dommage aussi car, libre de tout engagement, il décide de meubler le reste de son année avec une BMW 3.0 CS. « Attaquant sans retenue », selon ses propres termes lors de la course de côte de Remiremont, il sort de la route, effectue 6 tonneaux et est extrait de sa voiture avec un traumatisme crânien et plusieurs fractures de la mâchoire.

Retour gagnant

Il met un an à s’en remettre, ce qui est bien le moins, et, pas rancunier envers le sport auto, revient en 1975 avec une autre BMW 3.0 CS à laquelle succède une 3.0 CSI en cours de saison. L’entourage du Nancéien n’est pas déçu car celui-ci enchaîne les victoires en groupe 2 avec ces deux voitures. Les deux années suivantes, il établit encore un peu plus sa notoriété en participant au Championnat de France des rallyes avec une 3.0 CSL, véritable « ogre » de 350 chevaux qu’il impose notamment deux fois de suite dans son groupe lors du Tour de France. Il n’en délaisse pas moins BMW pour courir durant deux saisons au volant d’une Porsche 911 avec laquelle il remporte le Rallye du Mont Blanc en 1978 et gagne le groupe 3 au Tour de France 1979. Malgré ces résultats, il estime encore aujourd’hui que cette voiture n’était pas faite pour lui : « J’aimais bien sentir le train avant d’une auto, l’engager dans les courbes. La Porsche, tu l’exploitais surtout dans les lignes droites. »

1980 à1986, tout est bon pourvu que ça roule

« Le fait que mes parents aient été dans le métier me rendait les choses plus faciles » reconnaît Jan-Hug Hazard, qui, à ce moment, a déjà piloté une petite dizaine de voitures différentes. Il poursuit sur le même rythme de 1980 à 1986 en s’alignant successivement sur une BMW 320 préparée chez Hartge (« un avion de chasse très fragile »), une Mitsubishi Lancer, une Autobianchi A112, une Alpine 1600 groupe 4 (« ça ne m’a pas plu ») et surtout une Fiat Ritmo Abarth qui le voit remporter toutes les épreuves d’un challenge Fiat qu’il a contribué à créer, étant devenu lui-même concessionnaire de la marque. Avec cette voiture, il se souvient avoir signé le temps scratch d’une spéciale du Rallye de Lorraine devant Dominique de Meyer alors sur R5 Turbo ainsi que deux victoires de groupe au Rallye du Var et aux Cévennes à l’occasion de piges en Championnat de France 1e division. En 85 et 86, il renoue avec BMW par le biais d’une 325 groupe 2 lancée au milieu de la meute des R5 GT turbo se disputant la coupe Renault. « Des courses mémorables mais je gagnais deux fois sur trois » indique le pilote.

BMW M3 et Ford Sierra, les années de rêve

Comment un tel « touche-à-tout » parviendra-t-il à tenir 4 années de suite au volant de la M3 ? Un solide sponsoring a sans nul doute contribué à le stabiliser. De 1987 à 1990, nanti désormais d’un vrai programme et, de surcroît, d’une voiture à l’efficacité redoutable, le Nancéien donne en tout cas l’impression de se livrer totalement. Il évoque souvent « la complicité » qui s’était instaurée entre lui et les spectateurs. « Vu le bruit que faisait la M3, je savais qu’ils m’entendaient arriver de loin, je savais qu’ils m’attendaient, j’ai toujours mis un point d’honneur à ne pas les décevoir. » Il vit donc 4 années exceptionnelles, jalonnées de coups d’éclat dans les rallyes nationaux de la région Est, l’apothéose se situant probablement en 1990 où le pilote rappelle avoir signé 10 victoires scratch en 11 courses avec une auto au top de son évolution. Dans le lot : le Rallye de Lorraine, qu’il remporte 29 ans après son père, Hugues, vainqueur de la catégorie GT sur une Facellia.

Champion de France groupe N

Cette « saga » BMW prend pourtant fin en 1991, lorsque Jan-Hug Hazard décide de prendre le volant d’une Ford Sierra Cosworth. Un bon choix puisqu’avec cette voiture il décroche le titre de Champion de France des rallyes groupe N après avoir remporté toutes les courses, terminant à l’occasion 4e du classement général d’un championnat dont les autres animateurs se nomment Béguin, Baroni, Loubet, Ragnotti, Delecour et autre Doenlen… En 1992, il monte d’un cran avec une Sierra groupe A préparée par Pierre Bos, « une auto monstrueuse », dont les 400 chevaux lui permettent de devancer Bernard Béguin au Rallye Alsace-Vosges jusqu’à ce que le turbo casse. Mais le coup d’éclat du Nancéien ne passe pas inaperçu. « C’est là que le patron de Renault Sport m’a approché » confie Jan-Hug Hazard, promu dès lors pilote du Losange pour le reste de la saison sur l’une des Clio de l’équipe. Problème : en 6 courses sur cette voiture « à la tenue de route fabuleuse », le Nancéien abandonne 6 fois, moteur cassé….

Le Rallye du Var 1993 le laisse écœuré

Une mésaventure comme celle-là laisse forcément des traces. Jan-Hug Hazard explique avoir alors ressenti une certaine lassitude envers ce rythme de vie qui, depuis plusieurs années, le tient trop souvent éloigné de sa famille.  Sa fille vient de naître, son fils a 4 ans, autant de bonnes raisons, comme il le dit, «  de ne plus s’absenter de la maison 300 jours par an ». Sauf qu’il continue quand même à courir l’année suivante, jusqu’à ce Rallye du Var 1993 où, pour la première fois de sa carrière, il jette volontairement l’éponge avant l’arrivée d’une course, écœuré  par le manque de compétitivité de sa voiture – une BMW M3 encore - que de nouvelles suspensions, dites « progressives », ont totalement défigurée. Il perd 2 secondes au kilomètre, ce qui est impensable pour un pilote de ce calibre. Il met donc un terme à une aventure qui a tout de même duré 22 ans.

 « Je n’ai jamais dormi la veille d’un rallye »

Une belle aventure ? Si l’on s’en tient au palmarès du pilote, ceci ne fait aucun doute. Pourtant, lorsqu’on le questionne sur ce qu’il retient de ces années, sa réponse est troublante : « J’aurais dû courir avec plaisir mais en réalité j’ai toujours été stressé. Je n’ai jamais dormi la veille d’un rallye. Le problème est que je n’étais pas « géré », que je n’avais pas de coach pour m’aider dans les moments difficiles. En fait, je me suis débrouillé seul après toutes les années où mon père s’est occupé de moi. Avec le recul, je me dis que j’ai mal couru. »

Devant notre étonnement, le pilote s’empresse cependant de nuancer son propos. « Quand je dis que j’ai mal couru, je veux dire que je n’ai pas profité de l’instant présent. Depuis, j’ai pris conscience de la chance que j’ai eue de faire la course en tête pendant des années, de connaître des gens comme Jean-Luc Thérier, Michèle Mouton, Bernard Béguin, Francis Vincent, Jean Ragnotti. J’ai aimé le sport automobile et je continue de l’aimer. Si ce n’était pas le cas, je ne me serais pas occupé ensuite de Benoît Rousselot que j’ai tout de même amené au titre de Champion de France des rallyes. Aujourd’hui encore, je ne serais pas en train d’essayer de transmettre cette passion à de jeunes collégiens et lycéens. On ne me verrait pas non plus faire des ouvertures de rallyes, ouvertures que j’accepte d’autant plus volontiers que j’y retrouve l’ambiance de la compétition et sans aucune pression. J’y fais des choses qui m’étaient autrefois impossibles, comme par exemple s’arrêter pour saluer les commissaires de route. Ils étaient déjà là quand je courais et je sais que la plupart m’encourageaient. Je suis heureux de pouvoir enfin les remercier. Pour moi, ces moments sont merveilleux. »

Michel THIRIET

 


Vainqueur en Coupe NSU et déclassé

En 1971, sur le circuit Bugatti au Mans, Jan-Hug Hazard participe à la course d’ouverture de la Coupe NSU. Il se trouve là sans vraiment l’avoir voulu, au volant de la voiture que son ami Jean-Luc Paret devait piloter mais n’est plus en mesure de le faire, étant en effet devenu paraplégique après un grave accident. « J’y suis allé à la demande de son père » indique  Jan-Hug Hazard qui, tout néophyte qu’il est, et tout en s’élançant de la quatrième ligne, se retrouva miraculeusement en tête 500 m après le départ à la faveur d’un gros carton. Il parvint à préserver sa position jusqu’à l’arrivée et l’emporta après avoir établi le meilleur tour.

D’après le pilote lorrain, cette victoire ne plaisait pas à tout le monde. Une réclamation fut donc déposée contre lui et sa voiture fut démontée. Verdict : non conforme. Jan-Hug Hazard fut donc disqualifié de la course et même radié à vie de la Coupe NSU. « Une transformation avait effectivement été apportée au carter, rapporte le pilote, mais elle ne visait qu’à empêcher l’auto de déjauger, elle ne faisait pas gagner de puissance. Enfin, c’est ce qu’on m’a dit… »

Reconversion professionnelle inattendue

Après la compétition on l’attendait dans l’automobile : erreur car Jan-Hug Hazard s’est reconverti dans l’organisation d’une manifestation sportive pour les enfants, connue sous le nom de « L’Ecole des Champions ». Ses dernières connexions avec son ancienne activité consistent à apporter son expérience aux classes spécialisées « karting » du collège-lycée Saint-Michel de Bosserville (54) et à produire, à la demande de la Caisse d'Assurance Retraite et de la Santé au Travail (CARSAT), des interventions sur la sécurité routière pour les apprentis des entreprises du département confrontées à ce type de risques. Autant de rôles qu’il prend très à cœur.

 

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