Des étoiles éternelles Imprimer
CONSTRUCTEURS - L'HISTOIRE
Jeudi, 31 Mars 2011 16:15
Cent ans pour une étoile, c'est seulement le début d'une aventure. Ajoutons-en 25 pour faire bonne mesure, et remonter au temps où Karl Benz et Gottlieb Daimler inventaient l'automobile avant de se retrouver autour de Mercedes.

L'étoile est née officiellement en 1909. Pourtant, elle brillait déjà dans la tête de quelques techniciens réunis autour d'une même passion. La belle image ne demandait qu'à croitre et embellir. Ce qu'elle n'a jamais cessé de faire. Toujours dans l'excellence. Une étoile qui du même coup allait laisser dans l'ombre un fait historique que le groupe automobile de Stuttgart a choisi de célébrer en grandes pompes en cette année 2011. Rien de moins que son 125e anniversaire !

Qui faut-il alors honorer ? Benz, Mercedes, Daimler, voire Maybach ? Tous et bien d'autres encore. Karl, Gottlieb, Emil, Wilhem ont évidemment la première part dans cette épopée des temps modernes. Pas un n'a nommément survécu alors que Peugeot, Ford ou Porsche ont toujours une place au cœur de leurs sociétés éponymes. Mais quelle aventure !

A l'origine il y avait donc Karl Benz et Gottlieb Daimler . Ou inversement. Car c'est Daimler qui lancera l'étoile à trois branches pour souligner l'ambition d'une motorisation universelle, sur terre, sur l'eau et dans le ciel. Comme nul n'est jamais totalement prophète en son pays, Gottlieb Daimler dépose aussi ce 24 juin 1909, une autre marque commerciale en forme d'étoile à quatre branches; oubliée. Le 6 août de la même année, un autre allemand, originaire de Karlsruhe, Karl Benz  (1844-1929) , encadre son nom d'une couronne de lauriers. Les deux signes seront réunis quinze ans plus tard pour former l'une des plus prestigieuses entreprises de construction automobile.

29 janvier 1886

Gottlieb Daimler (1834-1900) avait eu de longue date l'idée de l'étoile. Directeur technique chez Otto entre 1872 et 1881, il avait accroché cet emblème au fronton de son atelier lorsqu'il s'était mis en tête de produire sa propre automobile. Avec lui, un certain Wilhem Maybach. Leur premier moteur à pétrole tournera réellement en 1887. On se souviendra de Maybach plus tard. Benz avait aussi déposé un brevet sur un moteur à gaz, dès 1886, l'ancêtre de nos moteurs à explosion.

C'est bien cette année-là que tout commence pour l'automobile mondiale même si le fardier à vapeur du meusien (né à Void-Vacon) Nicolas-Joseph Cugnot, en 1770 ou encore la Delamare-Deboutteville enregistrée dès 1884 toujours en France. Daimler s'inscrit ainsi comme le premier constructeur avec son insignifiante libellule montée sur ses trois grandes roues et dont certaines répliques font encore les beaux jours des grands rendez-vous automobiles. Et pourtant, elle roule.

Avant la fin du XIXe siècle, Daimler va ainsi développer une série de véhicules autonomes au moteur à explosion alimenté par du pétrole. Tout ça marche si bien que des voisins français avisés, Peugeot et Panhard en l'occurrence, vont demander à exploiter le brevet pour développer leurs propres lignes de production. Gottlieb Daimler, le 29 janvier 1886, avait pris soin de déposer un brevet pour son moteur à gaz de pétrole devant l'office agréé de Berlin, numéro matricule 37 435. La suite logique d'un premier brevet n° 34 926 formulé le 3 avril 1885 et approuvé (ausgegeben) le 1er avril 1886. Tout se mettait en place pour une grande histoire émaillée de plus de 80 000 brevets industriels.

Mercedes en 1902

Décédé en 1900, Gottlieb Daimler ne connaitra pas la formidable constellation engendrée par son étoile naissante; son fils, Paul, en prendra grand soin. Et il faudra attendre 1926 pour que Daimler et Benz s'unissent dans un même élan créateur. Les deux marques vont se rencontrer alors que le nom de Mercedes a déjà pris son envol. Une autre histoire toute simple.

Emil Jellinek, représentant commercial de Daimler en France, avait en effet réussi, dès 1902, à apposer le nom de sa fille sur les Daimler qu'il vendait sur la Côte d'Azur. Il faudra simplement attendre 1926 pour que cette consécration locale aux accents internationaux, s'inscrive dans le marbre avec la naissance de Mercedes-Benz AG à Stuttgart. L'étoile posée fièrement sur le capot des Daimler depuis 1910 trouve ainsi un cadre juridique à la mesure de ses ambitions. Mais personne ne peut imaginer alors ce grand groupe industriel allemand, porteur de nombreuses marques automobiles, de Mercedes la plus emblématique, à Maybach et Smart les plus récentes. De quoi faire frémir de bonheur les célèbres moustaches de Dieter Zetsche, le grand patron de la Daimler AG, ultime avatar d'une colossale aventure industrielle.

Bastien Georges

Un empire de 100 milliards


Derrière le nom emblématique de Mercedes et de son étoile conquérante se cachent en vérité un groupe industriel et commercial aux multiples facettes. Jürgen E. Schrempp, l'ancien patron, avait cependant, dès 1995, recentré les activités vers le transport et les services. Une décision importante alors que Daimler avait pris l'américain Chrysler sous son aile protectrice en 1988. La greffe vue d'Europe semblait avoir pris mais Dieter Zetsche, patron de cette branche américaine, s'est empressé de la couper en succédant à Schrempp en 2006.

Moins d'un an plus tard, DaimlerChrysler prenait la forme qu'on lui connait aujourd'hui avec ses entités distinctes : Mercedes-Benz Cars, Daimler Trucks, Mercedes-Benz Vans, Daimler Buses et Daimler Financial Services. Dans cet espace administratif s'inscrivent dix marques plus ou moins connues : Mercedes-Benz, smart, Maybach, Freightliner, Western Star, Fuso, Setra, Detroit Diesel, Thomas Built Buses et Orion pour près de 2 millions de véhicules neufs immatriculés en 2010 .

Animé par plus de 260 000 salariés, Daimler AG frise les 100 milliards de chiffre d'affaires annuel pour un profit qui a dépassé le milliard et demi en 2010. Dieter Zetsche entend ne pas en rester là. Le 6 avril 2010, il signait ainsi un accord avec Renault pour la production de petits véhicules électriques. Gammes visées, les prochaines Smart et Twingo qui adopteraient des fondements communs.

ABS, ESP, Pre-Safe


Daimler, à travers sa gamme de voitures Mercedes, a toujours su entretenir un fort potentiel de qualité et d'innovations. Certes contestée par une concurrence notamment allemande, l'étoile met un point d'honneur à étonner.

Dès 1969, le groupe avait ainsi créé un centre spécifique de recherche sur les accidents. S'appuyant également sur de brillants équipementiers, tel Bosch, Mercedes dévoilait l'ABS, sur une Classe S, en 1978, et en faisait un cheval de bataille sur toutes ses gammes de camions et de bus. Deux ans plus tard, Stuttgart met l'accent sur l'airbag, nouvel atout indispensable pour le marché américain.

La décennie suivante, portée par l'électronique embarquée, fut encore plus riche en premières mondiales : ESP en 1995, BAS (freinage amplifié) en 1996, Distronic (régulateur actif) en 1998, etc. le nouveau siècle apportera Pre-Safe, le dispositif qui anticipe l'accident possible en resserrant les ceintures, en refermant fenêtres et toit et mettant les freins sous pression. L'Attention Assist née en 2009 se préoccupe même de notre niveau de vigilance pour mieux nous mener à bon port.

Bosch voisin et partenaire


Dérouler l'histoire de l'automobile en oubliant la cohorte de petites mains et de grands cerveaux qui ont accompagné les marques reconnues serait une faute grave. Le 125e anniversaire de Daimler ne s'écrit donc qu'avec le concours de Bosch. Même origine, même lieu, destin parallèle.

Robert Bosch (1861-1942) crée à Stuttgart un atelier de mécanique de précision et d'électrotechnique alors qu'il n'a que 25 ans. A deux pas des Daimler et Benz, il ne peut que s'épanouir. Très vite, il comprend que l'automobile aura besoin d'équipements et de système variés.

Le premier coup d'éclat se produira en 1913 avec un système complet d'éclairage embarqué. Le démarreur électrique, le clignotant et bien d'autres petites innovations suivront. En 1927, sa pompe d'injection diesel pour camion fait autorité. Son adaptation à l'automobile interviendra en 1936, pour Mercedes justement. Comme en 1978, son système ABS d'antiblocage de freins. L'ESP marquera une autre étape (1995). Aujourd'hui, Bosch règne en maître sur le diesel common rail et investit dans les hybrides. La très prochaine Peugeot 3008 HYbrid4, 1er véhicule de série « full hybrid » diesel au monde portera ainsi la griffe de Bosch.

Fort de 275 000 salariés dans le monde dont 8 800 en France, le groupe Bosch réalise un chiffre d'affaires de près de 40 milliards d'euros. Il s'impose, 125 ans après sa naissance, comme partenaire incontournable des plus grands de l'automobile.

Delamare-Deboutteville le rival français


C'était en 1984. Sous l'impulsion de quelques brillants stratèges de l'industrie automobile française, un nom composé en lettres capitales, s'incruste dans le paysage un peu morose de ce début de décennie encore marqué du second choc pétrolier de 1979, Delamare-Deboutteville. Prénommé Edouard, né en 1856 à Rouen, mort en 1901, ce passionné de... sanscrit et d'ostréiculture s'oriente vers la mécanique en 1881, impressionné par le cycle à quatre temps de Beau de Rochas défini en 1862 par cet autre Français. Il imagine alors un moteur de 4 chevaux adapté à un véhicule et pour lesquels il dépose un brevet le 12 février 1884. Malheureusement, seuls quelques témoignages attestent la réalité physique de la découverte de celui qui serait alors le brillant géniteur de l'automobile mondiale.

Le Comité des Constructeurs Français de l'automobile (CCFA)  se saisit de l'histoire pour mieux nous faire partager le centenaire de l'automobile. Flanqué de l'indispensable mécanicien, Léon Malandrin, qui règle sa nouvelle mécanique, Edouard Delamare-Deboutteville prend la route, un mauvais chemin de Normandie qui, malheureusement, se termine en impasse.

Les Peugeot, Panhard, Renault, Citroën et bien d'autres, prendront activement le relais pour mieux enterrer l'acte supposé fondateur. Vrai-faux départ, abus de langage, fable utile ? Delamare-Deboutteville retombera aussi vite dans un oubli certain. A un détail près. Cette année-là, le CCFA, deus ex machina du salon international de l'automobile de Paris, avait décidé de faire de son enfant le « Mondial de l'automobile ». Mission accomplie. Le 15e Mondial du nom aura lieu du 29 septembre au 14 octobre 2012.