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Mulhouse, la fabuleuse passion automobile Imprimer Envoyer
CONSTRUCTEURS - L'HISTOIRE
Mardi, 02 Mars 2010 17:13

Un parterre grandiose de variétés rares en un immense raccourci de notre histoire, la Cité de l'automobile à Mulhouse n'en finit pas d'éblouir. Plus de 400 véhicules de la collection Schlumpf ont scellé le destin de la cité alsacienne.


On aimerait l'appeler l'ami Fritz. Pouvait-il cependant sacrifier l'avenir de son entreprise au bénéficie d'une passion sans bornes ?  Allez savoir. Éternelles histoires d'amour. Lorsque la passion le dispute à la raison... pour notre plus grand bonheur. Né dans la douleur, le musée de Mulhouse, devenu Cité de l'automobile, s'impose depuis plusieurs dizaines d'années en précieux témoin de l'industrie européenne et française en particulier. On s'épuiserait en vain à vouloir citer tous les trésors qu'abritent les 17 000 m2 de ce qui était naguère une entreprise de textile menée par les frères Hans et Fritz Schlumpf. On se  ressource au contraire, jusqu'à plus soif, au fil des allées surlignées de lumière par des lampadaires hors du commun. Ici, Fritz a tout conçu, aménagé, réalisé. Il n'avait simplement pas imaginé un tel lever de rideau sur sa dévorante passion.

Avant de se pencher sur la Bugatti Royale, avant d'oser un clin d'œil vers la 4CV Renault constellée de vignettes, de comparer les mérites supposés de la Mercedes 300 SL ou de la Monet-Goyon. Avant même de poser le pied sur la passerelle qui mène vers ce monumental chef d'œuvre, un rappel s'impose.

Le grand amour de Fritz

Entre l'empire Peugeot autour de Sochaux et le fief de Bugatti à Molsheim, au pied de ses coteaux viticoles, l'Alsace s'imposait aussi par une puissante industrie textile. A l'ombre des DMC (Dollfus Mieg et Cie), Schaeffer, Scheurer et autres grands du métier, de nombreux industriels tentent alors leur chance entre laine et tissus imprimés. Hans et Fritz Schlumpf sont de ceux-là. Nés en Italie d'une mère mulhousienne, financiers habiles, ils décident de créer un petit empire au départ de la filature de Malmerspach. Fortune bien confortée, Fritz peut assumer une autre passion, celle de l'automobile. Il collectionne. Nez au vent, amoureux de Bugatti, il acquiert du beau, du rare qu'on vient aussi lui proposer. Il amasse même. La filature de Mulhouse s'offre en un écrin que Fritz n'aura de cesse de décorer à son goût pour atteindre le merveilleux. Un musée est en train de naître. Plus de 400 pièces prennent ainsi place sous les lampadaires majestueux, 500 reproductions des célèbres luminaires du pont Alexandre III à Paris. On imagine Fritz Schlumpf au centre de ce nouvel empire. « Monsieur Fritz », disaient sans doute les membres de la petite équipe de salariés chargés de restaurer et d'entretenir les plus belles pièces de la production automobile européenne. Mission secrète, dit-on autour de ces véhicules acquis en moins de dix ans.

Le Musée des travailleurs

La belle mécanique s'enraye aussi vite que l'industrie textile décline dans nos régions de l'Est. Partout on ferme. Géliot, Boussac, Marchal et bien d'autres, dans les Vosges. En Alsace, Schlumpf aussi. Les deux frères cèdent leurs usines en 1976 mais les salariés se sont mis en grève et demandent des comptes. Un conflit dur qui va durer deux ans avec occupation des locaux. Et pour cause, les grévistes viennent de mettre la main sur un incomparable trésor de guerre. C'était en mars 1977.

Si les Schlumpf ont pu gagner la Suisse proche pour éviter les ennuis, les plus belles voitures du monde sont restées à Mulhouse. Une découverte stupéfiante. Le syndicat CFDT qui mène l'action va baptiser la collection Schlumpf  « musée des travailleurs ». Un bras de fer s'engage alors pour préserver ce joyau mis au grand jour. Conscient de l'intérêt national de la chose, le conseil d'État érige au rang de monument historique un lot de plus de 400 voitures. Pour garder la main sur ce trésor, l'État versera 40 millions de francs au syndic chargé de la liquidation. Fritz Schlumpf, lui, aurait dépensé 12  millions, en 10 ans, pour constituer sa collection.

Le 10 juillet 1982, après une cession (44 millions de francs) à l'Association du Musée National de l'Automobile emmenée par Jean Panhard, le joyau se dévoile au grand public. Hans mourra en 1989, Fritz en 1992 mais leur nom restera attaché à la « collection Schlumpf », mention impérative imposée par la cour d'appel de Paris. Une autre histoire commence.

« Retrouver les valeurs originales »

Rapidement, Mulhouse s'impose comme point de ralliement des passionnés. Mais ce musée, déjà largement visité durant l'occupation syndicale, doit vivre. L'association du Musée National de l'Automobile de Mulhouse, formée par les collectivités publiques et des partenaires privés, propriétaire des collections, des terrains et des bâtiments, en a bien conscience. En 1999, elle décide de confier à Culturespaces l'exploitation du musée. A charge pour cette société créée en 1991 par Bruno Monnier de donner une nouvelle dimension à l'idée originelle de Fritz Schlumpf. Du musée Jacquemart-André à Paris aux Arènes de Nîmes, forte de plus de 2 millions de visiteurs accueillis en France, Culturespaces  connaît son sujet. Il s'agit alors de faire entrer le musée de plain pied dans le XXIe siècle. Ce sera donc la Cité de l'automobile, à deux pas de la Cité du Train, autre monument géré à Mulhouse par Culturespaces.  

Depuis 2000, de scénographie inédite en nouveaux espaces, la Cité de l'automobile rallie le grand public et comble le monde des passionnés. Derrière ces mécaniques étonnantes, ces calandres prestigieuses, ces carrosseries luxueuses, les hommes semblent pourtant s'effacer . Et puis au détour d'une allée, Thierry s'impose d'un geste qui semble iconoclaste. Il caresse énergiquement d'une balle de laine d'acier (triple zéro), l'enjoliveur doré qui cerne les optiques de cette Delaunay-Belleville 1912. Seul acteur au milieu de cette marée ordonnée de 400 véhicules pour lesquels 2 millions de visiteurs se sont déjà pressés pour « retrouver ces valeurs originales » qu'avait aimées jusqu'à se perdre, un certain Fritz Schlumpf.

Bastien GEORGES

Suivez le guide

  • La Cité de l'automobile est ouverte toute l'année jusqu'au 3 avril de 10  à 17 heures. Du 4 avril au 4 novembre de 10 à 18 heures et du 5 novembre au 31 décembre de 10 à 17 heures.
  • Parking : 2 €
  • Entrée : 10,50 €. Tarifs réduits pour groupes et enfants.
  • Accès fléchés Mulhouse centre. Tramway ligne 1 gare SNCF. 192, avenue de Colmar.
  • Site internet : www.collection-schlumpf.com/03.89.33.23.21
  • La Cité ouvre également ses salons et ses espaces pour des rencontres jusqu'à 5 000 personnes.
  • 15 mai : la nuit des mystères.
  • 3-4 juillet : festival automobile de Mulhouse.

Une passerelle entre générations

A l'accès direct des premiers jours, Culturespaces a imaginé une autre mise en scène. Dès le parking franchi, le visiteur emprunte une passerelle qui s'ouvre sur un rideau monumental constitué de silhouettes d'automobile. Bel ensemble vitré qui, avec la passerelle souligne le passage entre générations.

A l'intérieur, la pièce maîtresse reste la salle originelle imaginée par Fritz Schlumpf, mais l'ensemble de la collection s'articule en trois espaces: l'aventure automobile, la course et les chefs d'œuvres. Dans ce dernier, les plus beaux exemples de cet art de faire si bien représenté par la Bugatti Royale, coupé Napoléon, cœur de cet espace. Un peu plus loin, une autre Royale, l'Esders retient l'attention. Elle est le fruit d'une reconstruction totale par les ateliers du musée.

Autant de grandes et petites histoires livrées par l'audioguide (gratuit) au fil d'une découverte qui mérite quelques heures. Des centaines d'insignes de marques pour les plus pointilleux, la chasse aux énigmes proposée aux enfants par Filou de même que le monde de Max et Léa avec ses 101 voitures pour les petits, des films, des animations pour tous, la Cité de l'automobile de Mulhouse mérite effectivement le détour.

 

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