200 ans : le Lion rugit encore Imprimer
CONSTRUCTEURS - L'HISTOIRE
Mardi, 05 Janvier 2010 10:52
Janvier 2010, nouveau départ pour l'une des plus connues des entreprises françaises. Peugeot marque son bicentenaire par un logo renouvelé. Le Lion demeure, le Lion mue. Pour une nouvelle aventure aux racines profondément ancrées dans la terre de Sochaux.
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Des cycles, des motos, des voitures mais aussi des moulins à poivre et à café, des scies, des marteaux; on s'épuiserait en vain à vouloir énumérer l'apparent bric-à-brac qui s'étale ici, à Sochaux, au cœur du berceau d'une marque inséparable de l'aventure industrielle française.

Aventure ? C'est justement le nom qu'avait choisi Pierre Peugeot, en 1982, pour désigner l'association qui allait donner naissance, entre autres, à un musée. Vingt ans et un million et demi de visiteurs plus tard, l'Aventure prend un tour nouveau sous le signe du 200e  anniversaire du Lion. Un bel anniversaire que Jean-Marc Gales, nouveau patron de la marque, veut transformer en offensive.

Une belle occasion de donner un nouveau profil à ce Lion, logo que Peugeot porte fièrement de par le monde. Demain sans doute plus encore au Japon avec Mitsubishi; bientôt peut-être, de retour aux USA. Une aventure familiale pratiquement sans équivalent dans sa longévité et qui a su s'entourer de compétences multiples pour tenir.

L'Aventure débute à Hérimoncourt

En 1889 à Valentigney, dans cette région de Franche-Comté, aux confins de l'Alsace et de la Suisse, un certain Armand Peugeot favorise la naissance d'un tricycle à vapeur au nom des « Fils de Peugeot Frères ». En trois mots, la saga familiale ouvre une nouvelle page d'un livre commencé au début de ce XIXe siècle, l'amorce de la révolution industrielle.

Avant, il y avait eu Jean-Jacques, un meunier. Son fils Jean-Pierre est tisserand. Jean-Pierre et Jean-Frédéric, ses fils, associés à la famille Japy, lancent un nouveau défi, forgé d'acier et d'outils. Le Lion aux dents acérées symbolise ces outils mordants. Émile et Jules, frères et fils de J.P. II, puis leurs descendants Eugène et Armand, vont définitivement ancrer dans cette région de Sochaux-Montbéliard le nom de Peugeot.

Aujourd'hui, Thierry, fils de Pierre Peugeot, préside aux destinées du groupe qui a élargi son champ d'action au monde entier. Mais c'est toute la descendance qui s'active. Robert tient les cordons de la bourse familiale à la tête de la Foncière, Financière et de Participations (FFP). Christian, fils de Bertrand, décédé, a pris récemment la direction du marketing du groupe PSA Peugeot Citroën. Jean-Philippe, son cousin, fils de Roland, est président du holding Établissements Peugeot Frères. Xavier dirige le marketing et la communication du Lion. Il faudrait aussi citer Éric, Marie-Hélène et les autres membres de cette grande famille discrète. Pour tous, l'Aventure a démarré 200 ans plus tôt au moulin à grains de Sous-Cratet. à Hérimoncourt.

Ouvert depuis 1988

D'ainés en fils et de fils en frères, Peugeot, sous l'autorité d'Armand, deviendra finalement société des automobiles éponyme en 1886. Les cycles prendront une autre route avec Eugène, un cousin, jusqu'en 1910 avant de retrouver une tanière unique.

Cette prolifique destinée devait forcément trouver un lieu d'expression hors des usines. Le futur groupe international en comptait déjà quatre à la veille du XXe siècle, à  Audincourt, Lille, Beaulieu et Valentigney avec 10 000 véhicules par an, la moitié de la production française.

Sochaux viendra plus tard. En 1912, Peugeot pose les fondations d'un centre de production gigantesque qui comptera près de 40 000 salariés dans les années 70. C'est là qu'en 1982, Pierre Peugeot, président du conseil de surveillance du grand groupe né après l'absorption de Citroën en 1976, décide de fixer, au cœur de l'empire, les marques d'un futur musée. Ce sera l'Aventure Peugeot ! Un voyage à travers les deux derniers siècles, une exposition multiple du savoir-faire de ces milliers de salariés qui ont fait le Lion.

Six ans plus tard, le musée ouvre ses portes sur un étonnant univers composé de milliers d'objets. Des véhicules bien sûr, mais aussi  ce monde inséparable, de l'atelier à la station-service, des courses africaines en 504 aux enquêtes de l'inspecteur Colombo en 403 cabriolet.

200 véhicules exposés

Au fil des ans, l'Aventure s'est réorganisée pour accueillir de nouveaux modèles, pour mettre en scène d'autres tranches de vie. Sur 6 000 m2 d'exposition, 100 voitures peuvent ainsi être exposés. Des Peugeot évidemment. Des Peugeot exclusivement. Le visiteur est quasiment assuré de rencontrer celle qu'il aime, celle dont il a entendu parler, celle qu'il aurait pu rencontrer sur une piste ou un circuit. Aux scènes de la vie ordinaire, devant un bureau de poste ou un magasin de cycles, s'ajoutent les décorations murales. L'Aventure passe aussi par les tendances architecturales et décoratives du moment. L'École de Nancy y a naturellement trouvé sa place.

Parmi les pièces remarquables, les amateurs apprécieront ce Vis-à-Vis de 1896, un modèle unique. A deux pas, la Bébé centenaire et la plus jeune Quadrilette étonnent tout autant qu'une 401 de 1935. Elle s'appelait Eclipse avec son toit en dur repliable; un avant-goût de coupé-cabriolet, à la façon des CC d'aujourd'hui.

Belle occasion aussi de souligner que Peugeot a innové aussi dans le diesel avec une 403 à gazole dès 1959. Elle est là comme la 205 du renouveau (1983) ou les WRC du championnat du monde des rallyes. Sans compter quelques pièces (450) dans les réserves d'où l'on avait extirpé une certaine 607 Paladine, un coupé-cabriolet grand luxe, pièce unique que le nouveau président Sarkozy avait emprunté pour remonter les Champs-Elysées en 2007.
 
A vélo ou à moto

Au total, le musée vous propose un regard sur l'intégralité de la production du Lion, de 1890 à nos jours. Il y ajoute tous ces objets qui ont fait sa renommée. Les outils bien sûr mais aussi les cycles toujours vivants, mais encore la section motocycles qui se traduit encore par des scooters prisés. On oublie trop vite que Peugeot a été l'un des derniers producteurs français de motos, avec Terrot à Dijon, jusque dans les années soixante. Quant à l'incroyable collection de moulins ménagers, de postes de radio et d'ustensiles divers, elle compte plus de 3 000 pièces !

Parcours fléché pour y arriver, parking gratuit et fleuri à l'arrivée, Peugeot a même prévu un service de restauration sur place. Depuis peu, l'Aventure de Sochaux accueille également dans ses salons séminaires et colloques jusqu'à 400 personnes. Une entreprise à part entière qui mérite vraiment le détour.

Bastien Georges

Suivez le guide
  • Le musée est ouvert 7 jours sur 7, sauf 1er janvier et 25 décembre, de 10 heures à 18 heures.
  • Adultes : 7€, enfants à partir de 10 ans: 3,5 € ainsi qu'aux étudiants, demandeurs d'emploi, handicapés. Tarifs de groupe.
  • Musée de l’Aventure Peugeot-Sochaux - Carrefour de l’Europe - 25600 Sochaux. Tél. : 03 81 99 42 03

Le groupe PSA Peugeot Citroën

Peugeot est l'une des marques détenues par le groupe PSA né en 1976 de la fusion de Peugeot SA et Citroën SA. Philippe Varin, en préside le directoire depuis juin 2009, sous l'autorité du conseil de surveillance présidé par Thierry Peugeot.

190 000 collaborateurs
dont 104 000 en France, réalisent un chiffre d'affaires de près de 55 milliards d'euros pour une production de plus de 3,2 millions de véhicules. Faurecia (équipements), Gefco (transports) font partie de cet ensemble qui comprend également un établissement financier et une division motocycles.

Le capital est détenu à 30,3% par la famille Peugeot (44,98% des droits de vote).

Les 20 dernières années ont été marquées par une politique de coopération ouverte en 1978 avec Fiat (utilitaires, monospaces). Ont suivi les accords avec Renault en 1992 (boîtes de vitesses), Ford en 1998 (moteurs diesel), Toyota en 2001 (petites voitures), BMW en 2002 (moteurs à essence) et Mitsubishi en 2005 (4X4 et véhicules électriques).

Le bon numéro

A la veille de son 200e anniversaire, Peugeot a dû arrêter la fabrication de la 1007, trop lourde, trop chère. Mais place aux 3008 et 5008, rompant avec la tradition des trois chiffres, née en 1929 avec la 201.  Sur ce point, éloignons d'abord la légende du zéro central imaginé pour laisser passer la manivelle. Une simple opportunité. Peugeot, de part et d'autre d'un 0 immuable, a simplement imaginé le début d'une longue série avec l'ordre de la gamme et la chronologie. Aujourd'hui cohabitent 107, 207, 308, 408, 607 et 807, des plus petites aux plus grandes. Mais la 206 (+) s'accroche alors qu'on n'a jamais vu ni 506, ni 507 pour faire suite à la 505. On parle d'une 508...

Le double zéro s'est imposé  il y a 5 ans lorsque Peugeot a voulu distinguer des véhicules plus originaux. Puis il a fallu ressortir le 5 pour le monospace compact (5008), le crossover s'étant déjà emparé du 3008. Puis viendra la probable future 309, un numéro déjà porté par une berline de la fin des années 80 imaginé par... Talbot. Autre sursaut de l'histoire, le prochain bon numéro ne portera que... 3 lettres, RCZ.

Retenons enfin que c'est grâce à Peugeot qu'est née la célèbre lignée des Porsche 911. Le Lion avait rugi face à une certaine 901. Peut-être pensait-il déjà à ses futurs et brillants bolides d'endurance, de 905 à 908.