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CONSTRUCTEURS - PLANETE CONSTRUCTEURS
Vendredi, 27 Janvier 2012 16:59
En ce mois de janvier, rien n’a pas empêché les vœux de voler à leur altitude de croisière. C’est-à-dire stratosphérique. Très au-dessus des réalités qui pointent en formes de marasme, gouffre, abîme, mur, faillite.
Voler au-dessus de l’adversité : l’Antiquité a-t-elle inventé les vœux pour autre chose ? Il s’agit, depuis 25 siècles, de refouler un temps les mauvaises nouvelles. Par définition, le vœu détient ce pouvoir.

« Souhait d’une ch, désir de voir s’accomplir qqch » dit le Grand Robert (6 volumes). Le Petit Larousse s’en tient à « Souhait, désir ardent ».

Moins 10% de voitures neuves

   Souhaitée « bonne et heureuse » selon l’inoxydable rituel de particulier à particulier, l’année qui prend son élan promet cette fois l’inverse. Les prophètes autorisés ne s’embarrassent même pas de circonlocutions. S’attendre à un millésime déclinant, difficile, pénible.

   Le Comité des Constructeurs Français d’Automobiles (CCFA) prédit une nouvelle fonte des immatriculations de voitures particulières en France. En 2011 le marché (2 204 065 unités) avait baissé de 2,1% par rapport à 2010. En 2012, il rechutera avec aggravation.

   Le CCFA hésite dans ses projections entre –8 et –10%. Carlos Ghosn, président de l’Alliance Renault-Nissan s’accroche à une perspective moins sombre. Au pire -6%, hasarde-t-il, sans cacher qu’au-delà « ce serait difficile ».

   Le Losange, pour sa part, a terminé 2011 dans l’Hexagone à -9,5% décomposés comme suit : Renault –8,5%, Dacia -1,5%. Oui, la marque lowcost a piqué du nez en France malgré l’émergence du Duster au 10e rang des automobiles les plus vendues dans le pays.

L’usine Renault-Nissan de TangerLe made in France écrasé

   En Europe, l’automobile se portera moins mal. L’érosion du marché ne devrait pas dépasser 3% selon Carlos Ghosn. Avec un score de 1 272 560 immatriculations, Renault+Dacia se classe 3e constructeur européen derrière PSA (1 643 160), tous deux à respectable distance du groupe Volkswagen (3 045 000).

   Derrière les bilans bruts, les courbes. Alors que les ventes de Volkswagen sur le continent ont bondi l’année dernière de 7,5%, Renault+Dacia a plongé de 8,4% et PSA de 9%.

   A l’approche de l’inauguration de l’usine Renault-Nissan de Tanger (Maroc) le patron de l’Alliance met une nouvelle fois les points sur les i. Crucifié par l’Elysée, Matignon et les syndicats pour la multiplication de ses usines hors des frontières, Carlos Ghosn caractérise l’empêchement de construire en France : « Un problème de coût du travail. De trop fortes charges pèsent sur le travail ».   

   Dépité de se trouver seul à arguer de ce boulet, il enchaîne sans ménagements : « C’est la responsabilité des patrons d’entreprise de le dire ».

« Même pas la peine d’essayer »

   Industrialiser en France un modèle à bas coût, « ce n’est même pas la peine d’essayer, martèle-t-il. Le low-cost, vous ne pouvez le faire ni en Allemagne ni en France. Il faut accepter le fait que vous ne pouvez le produire que dans des pays émergents ».  

   En même temps, le véhicule à bas coût assemblé à Tanger ou ailleurs loin d’ici maintient, voire génère, des salaires à demeure. Explication trop rarement entendue : « Quand on produit localement en Russie, en Inde, il y a une contribution de la part de la France, que ce soit au niveau de l’ingénierie, des moteurs ou des boîtes de vitesses. Le développement hors de France profite à Renault en France ; c’est à peu près de 700 euros à 800 euros par voiture ».

   Du grain à moudre pour les candidats en campagne électorale. L’exhortation à acheter non seulement français mais « français-fabriqué en France » ressemble à une pirouette. Une chirurgie, voilà ce que réclame la taxation française du travail.

Dominique Faivre-Duboz
Dacia Lodgy

Deux fois moins cher que le Scénic

Illustration de l’impossibilité de produire à bas prix hors des pays émergents, c’est au Maroc que Renault assemblera le premier monospace lowcost. Ensemble, le 9 février, le roi Mohamed VI et Carlos Ghosn inaugureront aux portes de Tanger l’usine chic, écologique,d’où sortira le véhicule.  

   Présenté en mars, commercialisé en avril sous les marques Dacia et Renault selon les marchés, le Lodgy ambitionnera de rendre les services du Scénic. Carrosserie 5 portes, habitacle 5-7 places. Son atout ? Il s’affichera deux fois moins cher : autour de 10 000 € alors que le Scénic attaque au-dessus de 21 000 €.

   Calibré pour 340 000 exemplaires/an, le site de Tanger assemblera plus tard un utilitaire léger lowcost. A pleine charge, 6 000 ouvriers y travailleront moyennant des salaires qui résument l’attrait des pays émergents et dessinent leur avenir industriel.

   En face des 30 € de l’heure pratiqués dans les usines françaises (et allemandes), le constructeur paie 4,50 € au Maroc et 6 € en Roumanie. Des appels d’air à donner le vertige. D F-D

 

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