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Francfort face au défi écolo Imprimer Envoyer
CONSTRUCTEURS - PLANETE CONSTRUCTEURS
Vendredi, 13 Septembre 2019 15:47

Ouvert au grand public du 14 au 22 septembre, le 68e salon international de l'automobile (IAA) en Allemagne expose les incertitudes du marché mondial. Avec un joli lot de nouveautés.

 

VW-ID3-AVGI.D.3, l'électrique moins cher selon Volkswagen qui prend les réservations contre 1 000 € en vue d'une livraison l'an prochain.

 

De salon en salon, de plus en plus de fervents de ces grand-messes de l'automobile perdent un peu de leur foi. Trop chers disent-ils à l'unisson. Peu productifs, chronophages, décalés, ajoutent les uns et les autres selon leur inclination du moment. C'est dire que le 68e salon international de l'automobile (IAA) de Francfort qui a ouvert ses portes, sur les bords du Main le 10 septembre à la presse, expose au grand jour le carrefour incertain dans lequel s'est engagé l'un des premiers secteurs économiques de la planète. On compte d'abord le nombre des absents, un contingent de plus en plus important ; on analyse ensuite les grands courants qui se dessinent, le mode électrique s'imposant désormais en tendance lourde face aux exigences écologiques. Mais dans la foulée des professionnels, le grand public y trouve son compte même s'il se perd un peu au milieu des équipementiers et accessoiristes en tous genres. Les 800 exposants établis autour du premier cercle des constructeurs ont en effet bénéficié d'une large redistribution des espaces naguère dévolus à quelques grandes marques.


defender-X6Land Rover a réinventé son mythique Defender (à gauche) bientôt proposé en 3 et 5 portes pour de nouvelles aventures hors du commun. BMW a réduit la voilure à Francfort mais la nouvelle X6 (à droite) emmène un bataillon de nouveautés bavaroises.


La fête aux équipementiers

Jamais les Aisin, Bosch, Continental, Valeo, Webasto et autres ZF n'avaient été à pareille fête. A eux, des halls où l'on peut mettre les petits plats dans les grands. Les constructeurs présents n'en ont pas moins mis un point d'honneur à présenter leurs nouveautés à l'image de Land Rover qui a dévoilé, enfin, la version moderne de son légendaire Defender. Né en 1947, l'année des plus beaux crus du XXe siècle, l'étonnante machine, infatigable 4x4, a pris renaissance à Francfort, s'offrant une incroyable descente sur le stand, une rampe à 42 degrés ! Autrement dit prêt pour de nouvelles aventures en versions 3 (modèle 90) et 5 (110) portes. Un joli pied de nez à l'industrie automobile locale car Francfort est d'abord le salon de la puissance allemande. Tous les constructeurs, de Munich à Stuttgart en passant par Wolfsburg, ont donc honoré le rendez-vous, même si certains ont réduit la voilure, à l'image de BMW, naguère omnipotent, laissant aujourd'hui un peu de place à certains confrères au sein de l'imposant hall 11, dont Jaguar Land Rover...

 

smart-taycanLe chant du cygne pour la Smart Fortwo made in France (à gauche). Ultime restylage avant le grand départ vers la Chine en 2022. Porsche veut préserver sa place dans le luxe sportif en mode électrique avec une spectaculaire Taycan créditée de 450 km d'autonomie (à droite).

 

Volkswagen résolument branché

A l'autre bout du Centre des expositions (Messe), le groupe Daimler, Mercedes en tête, n'a pas cédé un pouce de terrain, occupant sans partage le Forum (hall 1). A deux pas de là, la galaxie Volkswagen (hall 3) n'est pas en reste, marché national oblige. Wolfsburg a justement choisi Francfort pour dévoiler son I.D.3, officiellement commercialisée depuis le début du mois, livrée l'an prochain avec 420 km d'autonomie théorique et 10 000 km de recharge gratuite contre une réservation de 1 000 € pour un prix proche de 30 000 €. Aux côtés de l'I.D.3., une gamme complète à venir, y compris une réinterprétation d'un certain Combi. Énorme appel du pied aux milliers de visiteurs plus ou moins touchés par le « dieselgate » et qu'il faut reconquérir. Un salon où le flux des consommateurs fera les bonnes affaires de demain. Ou non. De ce point de vue, les avis divergent sur la pertinence commerciale de tels salons. Vieille rengaine puisque, dès 1977, Francfort avait renoncé à un rendez-vous annuel pour mieux pratiquer l'alternance, une année sur deux, avec le Mondial de Paris. Et l'un et l'autre souffrent plus que jamais de l'absence de constructeurs. Cette année, l'hémorragie peut donc être qualifiée de sévère. Quatre grands groupes, en tout ou partie, ont en effet renoncé ; Toyota, l'un des trois plus grands mondiaux, d'abord, Fiat Chrysler ensuite, de même qu'un autre américain, General Motors, qui entérine ainsi son retrait progressif du marché européen. Renault y est venu, le temps d'un point presse, avec son nouveau SUV Captur, et sans ses alliés, Nissan et Mitsubishi.

 

captur-chineLa Chine a débarqué en force à l'image de Hongqi avec ses concept-cars et ses dirigeants fiers d'être présents (à gauche). Renault a failli renoncer à Francfort mais nouveau Captur oblige (à droite), le Losange a fait le voyage.

 

Un flot d'innovations

Le groupe PSA joue une partition comparable. Si Peugeot, Citroën et DS ont renoncé, le nouvel allié Opel, allemand par essence, est bien là, y dévoilant sa nouvelle Astra, exposant largement sa très récente Corsa. Francfort reste en effet un bel écrin pour l'innovation. Le nouveau X6 de BMW, les Série 3 Touring, Série 1/X1 et autres 8 Gran Coupe en témoignent. Chez Mercedes, on mise sur le GLB, le SUV façon Classe B, 7 places, mais aussi le GLE coupé et un nouveau concept de la branche électrique EQ. Le modèle qui en sera dérivé sera fabriqué en France, à Hambach, là où la dernière lignée de Smart Fortwo s'apprête à plier bagage vers la Chine. Smart livre son ultime restylage, uniquement en version électrique. Quant aux coréens Hyundai et Kia, installés en Allemagne, ils sont venus en voisins.
Et la Chine ? En cette année 2019, ses constructeurs et ses équipementiers reviennent en force (FAW, Great Wall, Hongqi, Wey...), enhardis par leurs alliances mondiales et une technologie mieux affirmée. En témoigne aussi la présence de Polestar, la branche électrique de Volvo, partie intégrante du puissant groupe chinois Geely. Électrique, un maître-mot à Francfort.

Bernard Méaux
Photos estautomag et constructeurs

 

Avenir borné

A l'exception notable, et sans doute provisoire, d'Aston Martin ou Ferrari, absents de Francfort, il n'y a pas un constructeur aujourd'hui sans solution électrique. Après BMW (i3, i8) et Mercedes (EQ), La bataille des coûts va rapidement faire rage sur ce créneau occupé également par les gouvernements enclins à ouvrir la boîte aux subventions. Mais ça ne suffira pas si les États veulent atteindre les sommets écologiques énoncés dans les beaux discours. C'est que, l'an prochain, la moyenne des gammes de chaque constructeur ne devra pas émettre plus de 95 grammes de CO2 au kilomètre. Sinon, les amendes vont pleuvoir. Il faut donc y mettre tous les moyens. C'est ce que vient de rappeler l'ACEA, l'association des constructeurs européens que préside Carlos Tavares, le patron de PSA. L'Europe manque déjà de bornes de recharges électriques accessibles à tous. L'ACEA en compte 140 000 ; il en faudra 1,2 million en 2025 dit l'association, si on veut respecter les ambitions écologiques soit 5 millions de véhicules électriques en 2030. Car l'industrie, contrainte par les règlements, met le turbo, prévoyant ainsi, dès 2021, demain donc, 200 nouveautés électriques en Europe ! De quoi relancer un marché déprimé ? Pas sûr. Le premier semestre 2019 marque un recul des ventes, 3% en Europe, 7% en Chine, mais le désir d'automobile laisse quand même aux industriels de beaux jours à venir.

 

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