Le nouveau « Nouveau Monde » : la Chine Imprimer
CONSTRUCTEURS - PLANETE CONSTRUCTEURS
Samedi, 25 Août 2018 14:58

Née en Europe à la fin du XIXe siècle, produite en série aux Etats- Unis dès 1908, l’automobile n’a cessé ensuite, autour du Globe, de s’inspirer et profiter des bonds en avant de l’ingénierie américaine. C’est fini. La fascination a changé de pôle.


Citroen-C5-Aircross-Chine-photo-1La Citroën C5 Aircross : construite en Chine d’abord, à Rennes depuis peu.

 

La Chine : aujourd’hui, même Detroit ne la lâche pas des yeux. Là-bas comme à Stuttgart et à Billancourt, comme à Tokyo et Wolfsburg, à Séoul, à Munich, à Sochaux, les ingénieurs guettent les décisions du ministère chinois de l’Industrie et des Technologie de l’informatique. Dans les états-majors, les ficeleurs de business plans dissèquent les annonces du ministère chinois des Finances.

   Pour qui fabrique et vend des automobiles, il n’existe pas de terrain de jeux plus attractif. Plus branché. Des acheteurs en masse comme nulle part ailleurs (1,35 milliard d’habitants). Un réservoir pour des décennies de clients potentiels, non encore motorisés.

Du répondant face à Google, Apple, Tesla, Uber

   La Chine c’est le nouveau « Nouveau Monde ». Le marché à ne pas manquer. « The place to be » martèlent les Américains. N’y manquent ni le savoir ni les idées ni les outils.

   Ce mois de juin, le premier réacteur EPR au monde a démarré dans le Sud de la Chine, à Taishan. Un deuxième, à proximité, entrera en service courant 2019. En France, l’EPR de Flamanville (Manche) ne fonctionnera pas avant l’année prochaine. Un aboutissement dans la douleur : sept ans de retard dans la livraison, coût multiplié par trois (10,5 milliards d’euros).  

   Face à Google, Apple, Tesla, Uber, moteurs de l’innovation en Amérique, la Chine aligne ses locomotives : Baidu (intelligence artificielle), Huawei (télécoms), Didi (services de VTC), Tencent (Inernet).


Citroen-C5-Aircross-Chine-photo-2Les places arrière de la Citroën C5 Aircross fabriquée et commercialisée en Chine : espace et opulence exhibée.


Tableaux de bord laqués de préférence

   S’agissant d’automobiles, le pays exerce le plus puissant appel d’air sur la planète. Leçon de choses : les dernières immatriculations annuelles voitures neuves. 86 millions dans le monde, 24,7 millions en Chine, 16,8 millions aux Etats-Unis, 15,6 millions en Europe.

   Automobilistes de fraîche date, les Chinois ont fait valoir des préférences. Ils apprécient les tableaux de bord qui brillent. Laqués. Il leur faut des places arrière spacieuses et confortables ainsi que du coffre. Moins anecdotique : l’écologie les stimule, l’après-pétrole ne leur fait pas peur.

   En 2017, ils ont acheté 576 247 VEA : véhicules particuliers à énergies alternatives (électriques et hybrides rechargeables). Soit 47% du total mondial. En deuxième position, les Américains n’ont pas acquis plus de 197 535 VEA.

 

Voiture électrique : l’autonomie dans le collimateur

   La voiture électrique convainc plus les Chinois (81,2% contre 18,8% hybrides) que les Américains (52,8%, 46% hybrides, 1,2% piles à combustibles). Pékin prend soin de moduler les incitations en fonction des avancées technologiques.

   Le 13 février, le ministère des Finances a accru les aides à l’achat de modèles alimentés par batteries dont l’autonomie dépasse 400 km : 50 000 yuans au lieu de 44 000 (6290 € contre 5540). Depuis la même date, les automobiles électrifiées bénéficient de faveur fiscale à partir de 150 km en mode 100% électrique. Précédemment 100 km.

   En 2019, les constructeurs exerçant en Chine devront justifier de 10% de VEA dans leur production. Du coup, BMW a décidé d’assembler la Mini électrique en Chine. Alimentera l’usine, CATL (Contemporary Amperex Technologies) premier fabricant chinois de batteries et cellules de batteries. Incontournable, ce fournisseur a signé des accords avec les filiales dans le pays de Honda, Nissan, Volkswagen, Daimler, Hyundai.  

   Depuis le 1er août, le recyclage des batteries incombe aux constructeurs d’automobiles. Certains ont pris les devants. Ils sous-traiteront l’activité à des groupes spécialisés.


Mini-electrique-Chine-photo-3La Mini électrique : BMW la produira en Chine, en l’équipant d’une batterie chinoise.


Citroën C5 Aircross : 15% de pièces chinoises

   Marché prépondérant, prioritaire, la Chine commence à formater l’automobile. Vient d’y apparaître en première mondiale, l’Audi Q8 à trois rangées de sièges. Dévoilé à Londres le 10 mai dernier, le tout-terrain de loisirs Rolls-Royce Cullinan fera carrière en Chine. Prix de base : 250 000 livres (285 000 €). Premiers tours de roues du plus cher des SUV au cœur de la première puissance mondiale par le PIB (depuis 2014) : quoi de plus pertinent ?

   Plus révélateur, le cas C5 Aircross.

   Né en Chine, produit en Chine depuis septembre 2017, le véhicule sort de l’usine de Rennes depuis le début de l’été 2018. « Nous l’avons adapté au reste du monde » révèle Jean- Philippe Lamy, chef du projet C5 Aircross à Rennes. « Jusqu’ici on faisait l’inverse ».

   Signe des temps : ce modèle Citroën made in France intègre 15% de pièces chinoises. L’usine bretonne les réceptionne à raison de cinq containers par jour.

   L’inverse exactement.

Dominique Faivre-Duboz

 

Mercedes-Benz et BMW autonomes à Pékin et Shanghai

Au cours du printemps 2018, la commission pour l’Economie et les Technologies de l’informatique à Shanghai a délivré des permis de circuler à quelques constructeurs d’automobiles autonomes. Un seul étranger, pour l’instant, parmi les bénéficiaires : BMW.

   Deux berlines Série 7 sans conducteur à plein temps mettront leur potentiel à l’épreuve dans le trafic de la mégapole. Mais pas partout. A l’intérieur de cet enfer urbain qui compte 24 millions d’habitants, le permis délimite un parcours de 5,6 km.

   Au mois de juin, un autre intervenant non chinois, Daimler, a obtenu l’autorisation de tester dans Pékin ses véhicules autonomes niveau 4. Sur voies ouvertes également, mais dans un périmètre défini. Préalablement, le constructeur avait fait valoir que les Mercedes-Benz à expérimenter intègrent la plate-forme Apollo. Il s’agit des technologies de conduite autonome développées par Baidu, le Google chinois.

   Le 10 juillet, BMW signait un protocole d’accord avec le même Baidu. Objet : accès et participation au programme Apollo.   

   La Chine avance ses pions.