HOME CONSTRUCTEURS PLANETE CONSTRUCTEURS Du bio dans le réservoir
Du bio dans le réservoir Imprimer Envoyer
CONSTRUCTEURS - PLANETE CONSTRUCTEURS
Jeudi, 10 Mai 2018 14:25

100% ressemblante, 100% conforme, l’Audi qui enchaînait les tours sur l’anneau de Monthléry (94) n’avait pas fait le plein à la pompe. Les 190 chevaux du moteur 2.0 TFSI s’accommodaient d’un carburant d’avenir. Affranchi du 100% fossile.


Carburant-renouvelable-Audi-A4-berline-Photo-1L’Audi A4 2.0 TFSI, mulet de la carburation expérimentale à l’essence végétale.

 

L’événement remonte au 5 avril. La familiale à la calandre barrée des 4 anneaux emblématiques démontrait le potentiel de l’ETBE. Ethyl tert butyl ether, en français ether ethyle tertiobutyle. Il s’agit d’une « essence végétale » inventée et produite par Global Bioénergies.

   Créée en 2008, l’entreprise française obtient par « fabrication biologique » une palette de produits que la pétrochimie décline du brut. Carburant, mais également plastiques, verre organique, élastomères. Trente-deux familles de brevets déposés.

 

Fermentation et condensation

Audi ne pouvait rester indifférent. Non content de proposer une première berline électrique badgée e-tron, « rechargeable en 30 minutes », le constructeur d’Ingolstadt s’implique en partenariat dans les énergies alternatives. Expérimentalement, ses moteurs brûlent déjà de l’e-diesel ou de l’e-gaz. Ni l’un ni l’autre puisés dans les profondeurs de la terre.
 
   L’ETBE de Global Bioénergies, e-benzin pour Audi, résulte du traitement d’éléments disponibles en surface. C’est-à-dire renouvelables.

   Par fermentation et condensation, Global Bioénergies transforme aussi bien des déchets de la sylviculture (hydrostats dérivés du bois) que des produits agricoles ciblés. Les uns excédentaires (betterave sucrière), les autres impropres à l’alimentation (paille de blé).

 

66% super/34% ETBE

L’essence bio recueillie s’annonce attractive sous les critères prioritaires. Performante avec un indice d’octane « 100 ou supérieur », son impact environnemental (de l’extraction à la roue) se chiffre à « moins 69% d’équivalent CO2 » par rapport au super issu du brut. A l’usage s’apprécie cette conquête décisive : des émissions de particules en chute libre.  
 
   Le fournisseur insiste encore sur l’autonomie des voitures « préservée ». Pas de significative aggravation de la consommation. Enfin, les moteurs à essence d’aujourd’hui se prêtent à brûler l’ETBE sans modification ni ajout d’accessoire.

   L’Audi A4 2.0 TFSI en démonstration à Montlhéry fonctionnait avec un mélange : 66% super/34% ETBE. L’expérimentation se poursuivra sur route.


Carburant-renouvelable-SkyNRG-Geneve-photo-2Aéroport de Genève, 1er mai 2017 : SkyNRG ravitaille en carburant aéronautique durable un avion d’affaires Bombardier Learjet 75.


Les avions aussi

Seul opérateur en Europe capable de convertir en hydrocarbures, par fermentation, une diversité de ressources renouvelables, Global Bioénergies ne se cantonne déjà plus à l’automobile. L’avion l’intéresse. Lui ouvre le marché de la « décarbonisation des airs », le partenariat tout récemment conclu avec SkyNRG. C’est le « leader mondial du carburant aéronautique durable ».

   Activité de l’allié : acheter, mélanger, distribuer le fluide durable qui permet aux appareils de décoller et voler. Clientèle 2018 : 25 compagnies aériennes. Perspectives : 4 à 5% de croissance par an.
 
   De tous les produits pétroliers, le kérosène s’affirme « le plus galopant ». La transition énergétique commandait de couper cet hydrocarbure d’origine fossile par ajout de combustible bio. SkyNRG le fait. Le mélange alimente les jets comme les avions à hélices.

   Kérosène, essence, gazole : les substituts à base de végétaux et déchets abondent.  Manque, pour l’heure, le parc d’usines de transformation pour une disponibilité massive. Rien d’autre.

Dominique Faivre-Duboz


Carburant-renouvelable-SkyNRG-San-Francisco-Singapour-Airlines-Photo-3Aéroport de San Francisco, 23 mai 2017 : SkyNRG ravitaille pour la première fois un appareil de Singapore Airlines en carburant aéronautique durable.

 

Carburant renouvelable ou électricité ?

Rouler bio, partiellement ou intégralement. Conviennent sans changement le réseau de distribution installé de longue date (stations-service) et quasiment la totalité des moteurs thermiques en circulation. Sans changement non plus, le plein requiert 5 minutes d’immobilisation du véhicule. Et le conducteur repart pour un demi-millier de kilomètres avant le prochain ravitaillement.

   Loin d’offrir de telles prestations, la voiture électrique nécessite de lourdes infrastructures à aménager. Bornes de recharge, câblages. Elle ne se passe qu’en apparence de précieuses ressources épuisables. Entrent dans sa construction, des matériaux sensibles, rares, lointains (cuivre, nickel, cobalt, etc) aux coûts volatils sur le marché mondial, à l’extraction « sale » enfin, génératrice de profuses émissions à effet de serre.

   Déclin du pétrole aidant, les économistes définissent ces stratégiques matières premières comme le « nouvel or noir ». Oh, cette dépendance n’a pas de quoi disqualifier « l’automobile zéro émission » dans la transition énergétique. Juste la faire descendre de son nuage.   

 

Du super à 0,69 € le litre

Rouler bio avec une voiture à essence : l’exploit se réalise au quotidien. Mais de quel pourcentage d’essence d’origine végétale parle-t-on ?


Carburant-renouvelable-plein-photo-4Au moment de refaire le plein d’essence, la majorité des automobilistes optent pour 10% d’alcool éthylique dans le super.

 

Dans les stations-service l’alignement des pistolets donne le choix. Les pompes débitent à la demande du SP98, du SP95, du SP95 E-10, du SP E-85. Le plus bio de ces carburants sans plomb (SP E-85) contient 85% d’alcool éthylique issu de végétaux et déchets. Mais le mélange varie avec le temps qu’il fait.

   Pour un bon fonctionnement de l’automobile par basses températures, la proportion de bio tombe à 65% l’hiver.


Carburant-renouvelable-station-service-Total-photo-5Toutes les stations-services ne débitent pas tous les supercarburants. Manquent ici (Total Access) les SP95 et SP E85.


1000 points de distribution

   Attractif côté prix et fiscalité, l’E-85 limite sa compatibilité aux moteurs Flex Fuel d’origine. Le tolèrent également les véhicules équipés d’un boîtier de conversion.

   Disponible dans seulement 1 millier de stations-service, le super sans plomb E-85 s’affiche à 0,69 € le litre et ouvre droit sous condition (moins de 100 g/km de CO2) à une exonération de TVS pendant 12 trimestres.

    A titre indicatif, le SP 98 se paie en moyenne 1,57 € le litre ; le 95 E-10 (10% d’alcool éthylique) 2 ou 3 centimes de moins ; le gazole 1,47 €.

   Les automobilistes privilégient aujourd’hui le SP95 E-10. Certains points de distribution ont cessé de proposer le SP98 (0% de bio). Tend pareillement à déserter les pompes, le SP95 (5% d’alcool éthylique).  


Carburant-renouvelable-station-service-Cora-photo-6Cora Houdemont, près de Nancy, met le paquet sur SP 95 et SP 95 E-10.


Du whisky dans les tuyaux
                             
Les moteurs thermiques n’ont pas attendu l’aiguillon de l’impératif de transition énergétique pour fonctionner à l’alcool. La Ford Model T (1908-1927) brûlait du bioéthanol avant la lettre. Egalement la Gobron-Brillié. Un bolide : 13,5 litres de cylindrée, 100 ch. La première automobile au monde chronométrée au-dessus de 130 km/h.
 
   Bravaches, les constructeurs associés Gustave Gobron et Eugène Brillié soutenaient que la voiture aurait indifféremment établi ce record de vitesse (exactement 136,363 km/h) avec du whisky, du brandy ou du gin dans les tuyaux.

   C’était en juillet 1903. Ils avaient le droit. La loi Evin qui réprime la publicité des boissons alcoolisées date de 1991.

Dominique Faivre-Duboz


Carburant-renouvelable-Gobron-Brillie-1903-Photo-7La Gobron-Brillié de 1903, première automobile chronométrée au-dessus de 130 km/h

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir

AddThis Social Bookmark Button