|
CONSTRUCTEURS -
NOUVEAUTES
|
|
Samedi, 12 Novembre 2011 10:24 |
La clé de contact. Ne pas s’en débarrasser dans un bac quelque part derrière le levier de vitesses. Une fois fichée dans la colonne de direction, à l’ancienne, elle sert à démarrer et couper le moteur. Oui, la Camaro dédaigne le bouton « Power », label de modernité des automobiles d’aujourd’hui.
A gauche de la pédale d’embrayage, rien de perforé ni de rayé qui brille. Cette Chevrolet catégorie « muscle car » se passe du repose-pied pointure botte de 7 lieues en honneur chez BMW au-dessus de 300 ch. Sans tralala, le tablier procure ici au conducteur, exactement comme il faut, l’appui désiré pour se coller au dossier dans les virages.
Le genre égérie baraquée
Elle revient la Camaro. Chevrolet l’avait lancée en septembre 1966 afin de ne pas laisser toute la route à la Ford Mustang en circulation depuis 18 mois. En 2002, après 4 générations, le modèle avait disparu des lignes d’assemblage. La Mustang eut à nouveau le champ libre.
2009 : fin du cavalier seul. Apparut cette année-là aux Etats-Unis, la Camaro 5e génération.
Belle, le genre égérie baraquée, large bouche noire quadrillée, bosse sur le capot, ailes arrière superlativement propulsives, elle déboulait fort. En Europe, où Chevrolet l’ajoute en cette fin d’année à sa gamme, la Camaro montre carrément les dents.
Derrière la calandre, sous la bosse, marmite un seul moteur. Le plus gros : V8 6.2, 432 ch dans le coupé, 405 ch dans le cabriolet. Indice d’un monde qui tourne à l’envers, les Américains chez eux ont le choix. Ils peuvent « se contenter » des 316 ch d’un V6 3.6.
Style 1969
A l’intérieur, l’instrumentation bombarde. Aiguilles rouges, éclairage de nuit bleu électrique, entourages méchamment mats, galvanisés plutôt que nickelés, le compte-tours à gauche et le compteur de vitesse (gradué jusqu’à 300) précipitent les esprits dans la trépidation des jeux vidéo.
Les molettes de la clim’, faites de caoutchouc et d’apparent métal galvanisé, semblent dimensionnées pour une manipulation avec des gants de boxe.
Devant le levier de vitesses guère plus long qu’une Marlboro filtre, mais autrement massif, quatre petits cadrans rectangulaires détaillent le métabolisme du tigre. Pression d’huile, température d’huile, température de liquide de refroidissement, voltage de la batterie (de 9 à 19 volts).
Ce deuxième tableau de bord, « style Camaro 1969 » précise Chevrolet, s’attire d’emblée scepticisme et ironie. Implanté si bas. Le conducteur n’y peut jeter un œil qu’à l’arrêt du véhicule. Mais quoi d’extravagant ? C’est à l’arrêt, ou au pas dans les bouchons, que les moteurs à essence nécessitent quelque surveillance.
Mains de maçon conseillées
Prise en main dans le canton de Berne, en Suisse, macadam impeccable mais combien étroit par endroits, la Camaro commença par intimider. L’usine n’annonce-t-elle pas 1,92 m de largeur « rétroviseurs exclus ? ». Au premier « vram » expulsé par les deux sorties d’échappement, pousser le levier nain en haut à gauche et lâcher l’embrayage deviennent des urgences.
La suite ? Un enchaînement sur un nuage.
La boîte, à la grille bien plus large que haute, résiste. En viennent à bout des mains de maçon actionnées par des épaules de footballeur américain. Mais sur une distance infime. Mais dans l’allégresse.
Premièrement, le pommeau habillé de cuir aux coutures voyantes remplit la paume. Deuxièmement, l’enclenchement de quelque rapport réussit à tous les coups. Troisièmement, dans un « clac » sourd que l’utilisateur brûle de reproduire.
Sous la pédale de droite, le gros V8 chante dans les graves. Les connaisseurs aux tempes blanchies ont la voix qui flanche à l’évocation de l’épopée Matra aux 24 Heures du Mans. Trois victoires (1972-73-74) et ce feulement surgi du fond de la jungle. Aigu, chaud comme le feu. Le V12 Matra, son cri dans la nuit mancelle, les connaisseurs ne mettent rien au-dessus. Tour après tour, le béton des tribunes et des stands vibrait.
Km/h et tours-minute bleu turquoise
Au Mans, à Indianapolis aussi, la Corvette donne le frisson dans le registre opposé. Un « ta-ta-ta-ta » précipité, rugueux, qui déchiquète l’atmosphère. A partir de 3800 tours-minute, la Camaro fait ce bruit-là. Elémentaire : Chevrolet lui a octroyé le V8 de la Corvette.
Sur les petites routes et dans les villages du canton bernois, mystère. La largeur de la caisse ne préoccupait pas plus que la bosse devant le pare-brise en milieu de capot. La cavalerie se prête si volontiers aux restrictions de circulation, que l’automobiliste descendu d’une diesel n’a pas l’obligation de fouetter sa conduite.
A 1000 tours en 6e, la Camaro file à 75 km/h. Pour faire parler la poudre (5’’2 au 0-100 avec le coupé) il faut 3800 tours-minute sous l’accélérateur, minimum. Ravissement de quiconque dompte la boîte, cette rebelle qui envoûte.
Illisibles dans les grands cadrans, le régime moteur et la vitesse se lisent dans le pare-brise. En bleu turquoise, chouette couleur qui n’irrite ni ne fatigue.
Modernité encore : les rétroviseurs. Electro chromatiques tous les trois, ils atténuent les phares suiveurs et les rasants soleils d’automne.
Camaro 4 cylindres en descente
Unique arbre à cames central, 2 soupapes par cylindre, injection non dans les chambres mais dans les pipes d’admission : le moteur ne maquille pas son âge. De lui-même, pourtant, il fonctionne sur 4 cylindres au lieu de 8 chaque fois que les circonstances l’autorisent. Descente, faibles contraintes.
Malgré tout, la Camaro assèche son réservoir avec l’insouciance des années 1950-1970. Autour de 20 litres homologués en cycle urbain.
Quoi, elle tient son rang de rescapée du rêve américain : pétrole en veux-tu en voilà, CO2 ignoré, automobiles pléthoriques, cheval vapeur bradé.
Le coupé (432 ch) attaque à 39 000 €. Imbattable.
Dominique Faivre-Duboz
Spécimen Chevrolet Camaro Convertible : muscle car cabriolet (toile), propulsion, 2 portes, 4 places, 4,84 m, 1890 kg, coffre 328 dm3 (décapoté 287 dm3), Ø de braquage 11,6 m, réservoir 72 litres. Moteur : essence V8 6.2, 405 ch à 5900 t/m, 556 Nm à 4300 t/m. Boîte 6 rapports manuelle. Performances : 250 km/h, 5’’4 au 0-100 km/h. Consommation mixte : 13,1 litres au cent. CO2 304 g/km. Prix : 44 000 €. Automatique 6 rapports (avec palettes) + 2000 €. |
Ajouter un Commentaire
|
|
Inscrivez-vous à la newsletter estautomag :
|